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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/555

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abstractions et des subtilités ; et de la période théologique il garde l’esprit sacerdotal. Mais, dépouillée de certaines rêveries et surtout de certains arrangemens ecclésiastiques, sa nouvelle religion se réduit à ceci : adorer l’humanité. Elle est une simple extension de sa morale. L’anti-anarchisme devait aller tout naturellement jusqu’à l’anti-individualisme, et l’anti-individualisme jusqu’à faire toute une morale de l’absorption de l’individu dans la communauté, et cette morale jusqu’à devenir une religion de la grande communauté humaine, un culte extatique de l’humanité.

C’est là que Comte s’est arrêté comme au terme naturel, très facile à prévoir, très attendu, ou qui devait l’être, de son évolution intellectuelle. Cette religion c’est au pouvoir spirituel de l’avenir, à la « papauté future » qu’elle devait être confiée. Elle devait embrasser, comme toutes les religions passées, la doctrine religieuse elle-même, la morale, la sociologie qui se confond désormais avec la morale puisque la morale se confond avec elle, la science, et la propagation de la science, c’est-à-dire l’éducation.

Comment ce pouvoir spirituel se fondera-t-il ? Comme tous les pouvoirs spirituels se sont fondés, sans aucune participation de l’État civil, en dehors de lui, et sans la moindre hostilité contre lui ; cependant, il faut s’y attendre, contre son gré. L’État, depuis l’antiquité, a toujours une tendance, très naturelle, et même honorable, quoique illégitime, à absorber le pouvoir spirituel s’il existe, à se transformer en un pouvoir spirituel, s’il n’en existe pas. C’est donc à l’initiative individuelle qu’il faut s’adresser pour constituer le pouvoir spirituel nouveau. C’est précisément l’individualisme qu’il faut solliciter à mettre son énergie à se détruire, en lui persuadant que ce qu’il a de meilleur en lui revivra plus fort dans la collectivité où il saura s’absorber, et que des forces individualistes le nouveau pouvoir spirituel sera à la fois l’épuration et l’exaltation, n’utilisant pas celles qui sont factices ou éphémères et les laissant périr, renforçant, multipliant, éternisant celles qui sont destinées à durer.

Une grande association, internationale, comme le fut le catholicisme, acceptant les principes de la religion positive et s’engageant à les propager, trouvant plus tard son organisation et le détail de son administration, réunissant tous les hommes qui auront renoncé à tout esprit métaphysique et théologique, et propageant la science et la philosophie scientifique, voilà les bases du pouvoir spirituel de l’avenir. La civilisation est attachée à ce qu’il naisse et se développe.