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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/470

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femme renonce à ses vieilles traditions de fidélité, d’obéissance, de modestie et de pureté, et que l’homme d’autre part renonce à ses vieux devoirs de respect, de protection, de galanterie envers elle ? N’est-il pas indispensable aussi que, pour rétablir l’égalité des sexes, la femme abandonna toute préoccupation de se rendre belle et de plaire ? Elle n’aura plus désormais ni assez de loisirs ni assez d’argent pour ces soins futiles : et peut-être verrons-nous ces soins transférés à l’homme, qui étant plus vigoureux et plus résistant à la tâche, trouvera plus de momens à y consacrer. Et avec la toilette, combien d’autres institutions sociales devront disparaître plus importantes encore, ne serait-ce que les deux institutions du mariage et de la famille ! »

Le fait est que ces deux institutions sont très menacées, à en croire non seulement les adversaires, mais les avocats même de la « femme nouvelle ». La statistique, d’ailleurs, suffirait à le prouver. D’un article de Mrs Gordon dans la Nineteenth Century il résulte que, sur 1 486 jeunes femmes sorties des universités et écoles supérieures anglaises, deux cents à peine se sont mariées. Et Mrs Gordon ajoute que la proportion des mariages diminue considérablement à mesure qu’augmente le degré d’instruction. C’est que la femme nouvelle méprise le mariage ; elle ne se fait point faute de nous l’affirmer. Une bonne moitié des derniers romans sexualistes sont ouvertement des thèses contre le mariage, représenté tantôt comme une contrainte odieuse, tantôt comme la pire des dégradations. Et l’on comprend qu’il y ait là un motif croissant d’inquiétude pour tous ceux qui gardent encore quelque souci de l’idéal social d’autrefois.

« Chose étrange, écrit Mrs Elisabeth Bisland dans la North American Review, voici qu’en même temps que l’instruction se développe, la sagesse décroit. Voici qu’après avoir bâti de ses mains, à travers de longs siècles, le temple sacré de la famille, la femme s’apprête à le démolir. Sous prétexte de garantir son individualité, elle se dérobe au seul rôle qui soit vraiment digne d’elle, au rôle d’épouse et de mère. Elle veut être libre, et elle ne s’aperçoit pas que la liberté qu’elle réclame, si même elle était possible, la déposséderait du plus beau privilège de son sexe. »

Les revues anglaises et américaines sont remplies de protestations de ce genre, qui prouvent bien, par leur nombre même, la réalité et la gravité du danger qu’elles signalent. Mais elles prouvent en même temps que devant les progrès incessans de la femme nouvelle, le type de la femme « ancienne » n’a pas entièrement disparu, car ce sont des femmes, le plus souvent, qui s’élèvent ainsi contre un mouvement qu’elles jugent contraire aux véritables intérêts de leur sexe. Aussi bien M. Quilter lui-même reconnaît-il, en terminant son article, que ce