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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/458

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il avait célébré le plaisir ! Mais l’amour tel qu’il le comprend, toujours charmant et souriant, agréable jusque dans ses tourmens, délicieux dans ses émotions légères et à fleur d’âme, n’est que la galanterie la plus fade et la plus « dégoûtante ». Dans cette abondance de vers de mesure inégale et de médiocrité pareille où s’épanche la verve facile de l’auteur, il n’y a pas l’apparence d’un sentiment vrai. On a coutume, depuis le siècle dernier, d’en appeler de l’arrêt de Boileau, et de prononcer que s’il faiblit dans le drame, Quinault a excellé dans le style lyrique. Je choisis à dessein un couplet auquel Voltaire ne craint pas de décerner l’épithète de sublime : c’est le chœur des suivans de Pluton dans Alceste. Le poète, traduit à sa manière un des thèmes les plus riches de la poésie lyrique et l’un de ceux qui ont arraché au désespoir les cris les plus magnifiques : la nécessité de la mort inévitable.

Tout mortel doit ici paraître.
On ne peut naître
Que pour mourir.
De cent maux le trépas délivre.
Qui cherche à vivre
Cherche à souffrir.
Venez tous sur nos sombres bords :
Le repos qu’on désire
Ne tient son empire
Que dans le séjour des morts.
Chacun vient ici prendre place.
Sans cesse on y passe,
Jamais on n’en sort.

C’est du lyrisme de mirliton. L’œuvre d’Eugène Scribe fourmille de beautés pareilles qu’on se refuse assez ordinairement à y admirer. Peu importe d’ailleurs, puisque le musicien est chargé de réparer les défaillances du poète, et puisque, à défaut de l’un et de l’autre, on peut toujours compter sur le machiniste. Le livret de Phaéton est un des plus pauvres que Quinault ait écrits ; mais on voit dans cet opéra Protée sortir de la mer conduisant les troupeaux de Neptune et accompagné d’une troupe de dieux marins dont une partie fait un concert d’instrumens et l’autre partie danse ; plus loin il se transforme en lion, en arbre, en monstre marin, en fontaine et en flamme ; les portes du temple d’Isis s’ouvrent, et ce lieu qui avait paru magnifique n’est plus qu’un gouffre effroyable qui vomit des flammes et d’où sortent des furies et des fantômes terribles qui menacent et écartent l’assemblée ; enfin Phaéton assis sur le char du Soleil s’élève sur l’horizon ; la Terre consumée apparaît et supplie Jupiter ; la foudre tombe, le héros est précipité du haut des cieux. Cela explique suffisamment que Phaéton ait enchanté le public au point que huit mois de représentation satisfirent à peine sa curiosité.