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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/954

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ment. Les interpellations prochaines auront tout juste l’importance que la Chambre leur accordera. Si la Chambre ne leur en accorde aucune, elles n’en auront aucune, et le ministère pourra les traiter en conséquence. La Chambre est toujours libre de clore une discussion : que n’use-t-elle plus souvent de cette faculté ? Il semble que le gouvernement soit obligé de répondre, puis de répliquer à tous les discours de ses adversaires, et, comme l’opposition peut fournir sans se fatiguer plus d’orateurs que le ministère, elle a finalement le dernier mot. Dès lors, ne vaudrait-il pas mieux le lui abandonner tout de suite, et laisser la majorité conclure ? C’est là, croyons-nous, qu’il faut chercher le moyen d’échapper à la prolongation et au renouvellement des débats inutiles, et, parmi ceux qu’on annonce, la plupart ont ce caractère.

Le gouvernement a fait si peu de choses pendant ces vacances, qu’on ne voit pas très bien sur quels points il y aurait lieu de l’interroger. Peut-être pourrait-on lui reprocher quelque inertie ; mais, toutes les fois qu’il a agi, il l’a fait dans un bon sens. Un certain nombre de fonctionnaires se sont livrés contre lui à des actes publics d’opposition : il les a frappés de disgrâce, avec beaucoup de mesure et d’indulgence, mais avec une suffisante résolution. Si c’est là-dessus qu’il doit être interpellé, sa réponse sera facile. Il faut même espérer que l’approbation de la Chambre l’encouragera à montrer dans l’avenir une fermeté plus grande encore, ou du moins à l’appliquer plus impartialement à tout le monde. Les fonctionnaires dont il s’agit étaient revêtus de mandats électifs : c’est ce qui explique l’attitude qu’ils ont cru pouvoir prendre. Les uns faisaient partie du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et ils ont voté un blâme adressé non seulement au ministère, mais aux Chambres, pour avoir présenté et voté la loi contre les menées anarchistes. Les autres faisaient partie du Conseil municipal de Toulouse, et ils se sont associés à une protestation contre la dissolution, à leur avis illégale, de ce conseil. Un dernier enfin, qui venait d’être nommé professeur dans un des principaux lycées de Paris, a pris fait et cause pour M. Robin, le directeur de l’orphelinat de Cempuis, contre le gouvernement qui l’avait révoqué. Des actes pareils sont-ils tolérables dans une hiérarchie bien ordonnée, et peut-il y avoir un gouvernement sans une hiérarchie de ce genre ? Si, sous un prétexte quelconque, l’anarchie se met dans l’administration elle-même, que nous restera-t-il ? Le gouvernement, déjà si faible et qui a tant de peine à résister à ses adversaires politiques, ne sera même pas sûr de ses agens. Dans les momens difficiles, ses troupes tireront sur lui. C’est là un danger auquel il fallait couper court dès le début, sans attendre qu’il s’aggravât. Les fonctionnaires hostiles ne sont encore qu’une intime minorité. Dieu nous garde, par exemple, de confondre l’Université tout entière avec un petit nombre de ses membres ! Il n’y a peut-être pas un autre corps public où l’on trouverait plus de dévoue-