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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/927

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signification que non seulement on les néglige, mais encore on ne les voit pas. Et cependant ils ont une importance décisive ; en déposant la baguette sur la table, le prestidigitateur se débarrasse de l’objet gênant qu’il tenait dans sa main ; en reprenant la baguette, il s’empare d’un autre objet. Le public n’a rien vu et ne se doute de rien.


IV

Les analyses précédentes nous ont démontré combien il est difficile, même pour un observateur intelligent et attentif, de voir tout ce qui se passe devant lui. Pour tout voir, il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, parce que notre œil n’est point comparable à la plaque photographique qui fixe sans discernement tous les détails de la réalité. La perception mentale des objets est soumise à un certain nombre d’influences qui font que quelques objets sont perçus correctement, que d’autres ne sont pas perçus, et d’autres enfin, qui n’existent pas, sont imaginés avec tant de force qu’on croit les percevoir.

Pour compléter notre étude, nous avons pensé qu’il serait intéressant d’avoir recours à la photographie, qui aujourd’hui est devenue le complément naturel, presque indispensable, des observations visuelles. Grâce au concours de M. Georges Demeny, l’habile collaborateur de M. le professeur Marey, nous n’avons pas été réduits à nous contenter de quelques instantanés isolés ; M. Demeny a bien voulu photographier plusieurs tours de prestidigitation au moyen de l’appareil chronophotographique nouveau. Cet appareil, dont une description récente a été faite à l’Académie des sciences, permet de prendre en une seconde jusqu’à 30 épreuves instantanées d’un même mouvement ; chacune de ces épreuves est séparée des autres par des intervalles égaux. La série d’expériences donne à la fois la forme du phénomène et sa durée. On sait que la chronophotographie a déjà reçu de nombreuses applications dans le domaine des sciences physiques et naturelles ; c’est grâce à la photographie qu’on a décomposé certains mouvemens complexes qui, par suite de leur rapidité, échappent à l’analyse de l’œil. Nous citerons en particulier le vol des oiseaux, les différentes allures du cheval, le pas, la course de l’homme et, d’une manière générale, tous les exercices physiques auxquels un homme peut se livrer.

Deux artistes, MM. Arnould et Raynaly, ont consenti à exécuter devant l’objectif leurs meilleurs tours de carte et de muscade ; nous avons fait photographier en série le saut découpe d’une main