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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/926

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Il est même des cas où l’on parvient à dissimuler un objet volumineux, ayant quinze centimètres de diamètre ; cet objet, qu’on appelle boulet, est en bois noir durci ; il est creux à l’intérieur, et percé d’un petit trou destiné à l’introduction d’un doigt. Le boulet, dans lequel on a soin d’empiler d’avance des objets de toutes sortes, doit être introduit subrepticement dans un chapeau prêté, pour que le prestidigitateur transforme ce chapeau en corne d’abondance. On pourrait croire que le boulet est difficile à dissimuler par suite de ses dimensions considérables ; mais on le prend en le couvrant avec le chapeau, et personne ne s’en aperçoit. Voici comment Robert Houdin décrit ce tour classique : « On tient le chapeau de la main droite, avec quatre doigts seulement, le médius restant libre. On va derrière la table, et tout en jasant et gesticulant même de la main qui tient le chapeau, on fait en sorte que celui-ci soit renversé et placé un peu au-dessus du boulet. Dans cette situation, on avance le bras gauche pour prendre, sous un prétexte quelconque, un objet qui est sur le devant de la table. Par suite de ce mouvement, le corps s’avance un peu, la main droite s’abaisse à la hauteur de la table, et alors le médius entre dans le boulet, l’enlève, et l’introduit subtilement dans le chapeau. » Nécessairement, le public ne peut soupçonner aucune de ces manœuvres, qui se font sous le chapeau et lui sont cachées ; ce qui est curieux, c’est qu’on ne s’aperçoive pas que l’ouverture du chapeau est restée cachée pendant un moment, et que l’artiste a profité de ce moment pour y introduire quelque chose.

La dissimulation des objets se fait aussi, très fréquemment, en les passant d’une main dans l’autre ; veut-on introduire une boîte, un pantin, un objet quelconque dans un mouchoir qu’on vient d’emprunter, on tient le mouchoir de la main gauche, on tient l’objet dans la main droite, puis, d’un air naturel, on passe le mouchoir dans la main droite, où on le réunit à l’objet ; ce geste est si insignifiant qu’il ne peut éveiller aucun soupçon ; et, d’autre part, il est impossible au spectateur de voir ce tour, puisque la main droite reste constamment fermée.

Ce sont des services de ce genre que rend la baguette magique ; cette baguette, qu’on tient à la main, donne à cette main un prétexte pour rester à demi fermée, et permet par conséquent de dissimuler plusieurs objets dans la paume de la main. En outre, le prestidigitateur ne garde pas constamment sa baguette dans la main ; s’il doit se servir des deux mains pour soulever un objet, ou le présenter au public, il dépose sa baguette sur la table ; un moment après, il la reprend, pour frapper un coup et donner le signal du prestige. Ces mouvemens paraissent avoir si peu de