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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/903

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elle entra dans le tripot, s’empara des cartes, les brûla sur-le-champ et convertit les joueurs. L’ascendant qu’elle exerçait sur son peuple était celui d’une nouvelle Déborah. Les méthodistes n’avaient point d’église, elle résolut d’en fonder une. Le service s’organisa grâce à elle, dans la maison d’un de ses cousins, Philip Embury, qu’elle avait électrisé par son exemple. Toute la semaine elle travaillait à gagner le pain quotidien, pour apporter ensuite la nourriture spirituelle à une foule toujours grossissante.

Il y a trois églises méthodistes à New-York, sans compter les églises nègres, et l’une d’elles est sur l’emplacement de la pauvre maison de Philip Embury. Quand Barbara Heck mourut très vieille, au Canada, après avoir semé dans ce pays ses croyances religieuses, elle déclara n’avoir jamais perdu vingt-quatre heures de suite le sentiment de son union intime avec Dieu, the evidence of acceptance with God, depuis l’âge de dix-huit ans, époque de ce qu’elle appelait sa conversion, parce qu’alors seulement l’esprit lui avait parlé. Je dis aux arrière-petits-enfans de Barbara, qui sont congrégationalistes, combien je m’étonne qu’ils aient abandonné l’église fondée par une pareille aïeule. Ils me répondent qu’on passe d’une secte protestante à une autre plus facilement que nous ne pensons, vu qu’il n’existe guère entre elles que des différences administratives. Elles communient toutes ensemble, sauf les baptistes. Ceux-ci se tiennent à l’écart.

Plus j’habite Galesburg, plus j’ai le sentiment de sa ressemblance avec quelque petite ville universitaire d’Allemagne, telles qu’elles étaient avant l’annexion à la Prusse. C’est la même simplicité, la même vénération pour la science et pour ses représentai, les mêmes mœurs patriarcales. L’esprit allemand, dont témoigne une connaissance générale de la langue, prévaut ici du reste comme dans beaucoup d’autres villes américaines : résultat de l’immigration, du séjour plus ou moins prolongé qu’ont fait les professeurs en Allemagne et aussi de ce prestige qui s’attache aux victorieux vus de loin. Le grand nombre ne parle pas français, si quelques-uns se rappellent avec enchantement un rapide passage à Paris.

La présence des professeurs, de leurs mères et de leurs femmes donne un charme sérieux que je goûte infiniment à une ou deux soirées tout intimes. Plus mondain que ses collègues est le lieutenant-instructeur, dont l’uniforme apporte une note gaie dans cette symphonie grise et noire.

Mes questions portent toujours sur le système de la co-éducation avec ses avantages et ses dangers. La jolie femme du président me répond :