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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/892

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exclusivement qu’il faut aller les chercher. Un homme très haut placé dans l’Instruction publique m’a parlé avec éloge des résultats qu’obtient du commencement à la fin des études cette co-éducation qui a été récemment en France, où, bien entendu, il serait impossible de l’établir sans un complet remaniement des usages et des mœurs, l’objet de tant de débats passionnés. M. W. T. Harris, commissions of education à Washington, — il me permettra de le nommer, — croit que le fait de vivre ensemble depuis l’âge le plus tendre, au Kindergarten et à l’école primaire, empêche les garçons et les filles d’être aussi sensibles à l’attrait du sexe. Il a remarqué que l’émulation établie entre eux habitue les jeunes filles, qui très souvent marchent en avant, à faire peu de cas des imbéciles, fussent-ils bien tournés. De plus, elles peuvent avoir au collège des frères qui les protègent, et ce sont tout de bon des sentimens fraternels qu’éprouvent pour elles la plupart de leurs camarades, cette camaraderie ayant toujours existé, les transformations de l’âge étant venues pour eux insensiblement. Détail important, M. Harris m’affirma que, si quelques incartades de conduite avaient pu être relevées accidentellement dans les écoles de filles, elles étaient sans exemple dans les écoles mixtes : les premières permettent apparemment beaucoup plus d’abandon ; les secondes imposent du côté féminin une réserve qui n’a d’égale que la timidité respectueuse de l’autre sexe, habitué comme il ne l’est pas ailleurs à compter avec la valeur intellectuelle de la femme. Sur ces questions il m’est impossible d’avoir une opinion personnelle ; j’ai constaté seulement que dans les grandes villes de l’Est on partageait jusqu’à un certain point nos préventions européennes. A Chicago, je n’ai guère vu que l’extérieur de la somptueuse Université fondée sous l’impulsion de l’Eglise baptiste, et elle m’a paru trop neuve pour être encore tout à fait vénérable, si excellemment équipée qu’elle soit par tous les moyens que procure l’argent. Peut-être le récit d’une semaine ou deux passées dans un collège de la Prairie, celui de Galesburg, fera-t-il mieux comprendre à mes lecteurs ce que peut être, sous sa forme la plus intéressante, la co-éducation. La physionomie du collège est inséparable dans ma mémoire de celle de la petite ville et de ses habitans. Je transcrirai donc ici quelques fragmens du journal que je remplissais alors chaque soir.

Cinq heures de voyage environ de Chicago à Galesburg. — Je suis reçue dans la maison d’un des professeurs du collège, qui, comme tous les Américains, est fidèle au principe « Les amis de nos amis sont nos amis. » Riches ou pauvres, ils vous offrent, sous