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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/891

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le collège, en ce qui les concerne, était attaqué comme l’est aujourd’hui leur droit au suffrage. Eh bien, il fonctionne après tout à merveille. Espérons seulement qu’elles n’iront pas trop loin, dans leur intérêt même ; peut-être finiraient-elles par être si fortes et si bien armées que nous n’aurions plus de raisons pour nous montrer envers elles chevaleresques, puisque votre politesse française nous décerne cette épithète flatteuse. Et le jour où nous cesserons de les protéger, elles s’apercevront sans aucun doute que, tout en ayant obtenu grades universitaires et droits politiques, elles sont plus embarrassées qu’auparavant. »

Ce sont là des demi-critiques bien anodines, mais je ne nommerais pour rien au monde ceux de la bouche de qui elles sont tombées, ne voulant pas que ces imprudens soient déchirés par les Ménades. C’est de l’Amérique qu’on peut dire avec vérité : « Il est défendu d’y frapper la femme, même avec une fleur. » Quand à deux ou trois reprises j’ai osé exprimer mon étonnement au sujet de la liberté qui règne dans les collèges, les hommes sans exception m’ont toujours répondu sèchement qu’à l’âge qu’elles ont atteint, seize ou dix-sept ans tout au moins, avant d’aborder la vie universitaire, elles doivent savoir se conduire.

Sur le péril des intimités de femmes nouées pendant quatre années de contact assidu et parfois continuées toute la vie, si étroites que rien ne ressemble davantage à la parfaite intelligence d’un bon ménage, je n’ai jamais été comprise. La surveillance, les restrictions que les couvens ou pensions de notre vieux monde jugent nécessaires seraient, dans les collèges du nouveau, une insulte gratuite. La tenue irréprochable qui distingue l’étudiante en classe, elle la conserve dans tous les détails de sa vie ; douter de cela serait douter des bienfaits de tout le système d’éducation qui régit l’Amérique et qui est fondé sur le respect de soi-même. En aucun pays il n’y a plus d’esprit de corps entre les femmes ; en aucun pays les amitiés particulières ne sont plus nobles et plus dévouées. On me le dit et je le crois, j’en ai eu maintes fois la preuve ; il serait certes à désirer que la même solidarité existât entre Françaises à tous les rangs de la société. Mais la médaille a son revers, et il est impossible de ne pas s’en apercevoir quelquefois.


II. — LA CO-ÉDUCATION. GALESBURG

Nous avons encore à faire connaissance avec les collèges où règne le système de la co-éducation, bien plus étrange à nos yeux que tout le reste. C’est dans l’Ouest presque