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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/881

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assurément que les chambres de pensionnaires telles qu’elles existent en Amérique ; mais l’inégalité du gîte ne peut manquer de produire l’en vie et la vanité, à moins que, comme dans le seul collège de Baltimore, les meilleures chambres n’appartiennent de droit non aux plus riches, mais aux plus méritantes. L’habitude de loger les étudiantes deux par deux me déplaît encore davantage, soit qu’un petit salon commun sépare les deux chambres (j’ai vu l’une des pensionnaires y recevoir son frère, qui n’était pas le frère de l’autre), soit que la chambre ait deux lits, soit enfin, comme il arrive assez souvent, qu’un seul fit soit partagé par deux personnes. Le régime de Harvard Annex supprime tout cela.

L’une des patronnes de l’endroit, la fille aînée de l’auteur d’Évangeline, m’a promenée à travers Fay House, c’est le nom du bâtiment où sont logés les classes, les laboratoires, les salles de musique et de conférences. Tout est parfaitement aménagé, sans aucun faste superflu. La bibliothèque, bien choisie, est utile surtout au point de vue des salles de lecture, car celle de l’Université est à la disposition de l’Annexe.

Mrs Agassiz donne chaque mercredi un thé où l’on cause ; les étudiantes qu’elle réunit maternellement autour d’elle, lui doivent le bienfait de l’éducation, si supérieur à celui de l’instruction. Associée jadis aux grands travaux et aux grands voyages de son mari, Mrs Agassiz reste parée d’un prestige qui augmente la valeur de ses conseils. Elle pense comme Wordsworth et comme Emerson : le premier disait de l’Amérique que la société y était éclairée par un enseignement superficiel sans nulle proportion avec le frein de la culture morale. Emerson, qui cite ce jugement, ajoute qu’à son avis les écoles peuvent ne faire aucun bien ; que l’éducation fournie par les circonstances est souvent préférable aux leçons proprement dites ; que l’essentiel est d’échapper à toute fausseté, d’avoir le courage d’être ce qu’on est, d’aimer ce qui est beau, de garder son indépendance et sa bonne humeur, et d’avoir pour désir constant d’ajouter quelque chose au bien-être d’autrui. Très certainement ces saines maximes ont cours dans le cercle raffiné de Harvard ; les femmes qui sortent de là ne sont pas seulement des savantes, mais par excellence des « dames », grâce à l’effet souverain de l’exemple et du milieu.

Un autre collège de très grand air, plus récemment fondé (1884) aux environs de Philadelphie, est celui de Bryn Mawr. Dans une campagne boisée, au milieu des pelouses et des jardins, s’élèvent six bâtimens distincts, d’un aspect pittoresque, dont les tours et les pignons apparaissent dans la verdure. Les uns servent à l’habitation, les autres aux divers départemens d’étude,