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de si grands talens. New, nouveau, Cambridge ne l’est que par opposition au vieux Cambridge anglais, car ce fut dès 1636 qu’un gradué de cette dernière université, John Harvard, créa le foyer de science qui porte son nom, Le temps a donc mis sa patine aux bâti mens principaux, si vénérables avec leur grande cour fermée par des grilles de fer forgé et plantée d’ormes centenaires. Un de ces ormes, celui de Washington, porte une inscription rappelant le jour où, sous son ombre, pour la première fois, le grand homme tira l’épée à la tête d’une armée américaine. La ville tout entière semble consacrée à l’étude, à l’histoire, à de pieux souvenirs. On m’a fait visiter les maisons de Longfellow et de Lowell, encore habitées par leurs familles et remplies de livres, de bustes, de meubles, de tableaux qui sont autant de reliques. Dans celle de Longfellow, d’un style colonial très pur, demeura autrefois Washington.

Presque toutes ces maisons de bois ont des pignons élevés ou des portiques à colonnes. En vous les montrant, on nomme la plupart des écrivains dont s’enorgueillit la Nouvelle-Angleterre. Les gloires de première grandeur ont disparu, mais les veuves et les filles de ces morts vénérés sont toujours là, entourées de respect ; elles donnent leur temps, leurs soins, leur protection au collège des jeunes filles qui se piquent de passer les mêmes examens que les étudians de l’Université.

Ce collège me paraît supérieur à toute critique pour plusieurs raisons, dont la première est la direction morale que lui imprime Mrs Agassiz, personne d’un grand sens et d’un grand goût, deux qualités qui, on l’a constaté souvent, ne marchent guère l’une sans l’autre. La société qui patronne l’instruction universitaire des filles est composée à Cambridge d’hommes et de femmes de la plus haute distinction ; sa présidente, veuve du célèbre naturaliste Louis Agassiz, me représente une Maintenon américaine régnant sur un Saint-Cyr moderne d’où l’on sort pourvue de sérieux diplômes, mais aussi de principes solides et d’excellentes façons. Quatre années passées en contact presque journalier avec un pareil caractère ne peuvent que développer ce qu’il y a de meilleur chez chacune des étudiantes. Une autre raison qui met l’annexe de Harvard hors pair, c’est la perpétuelle influence de la grande Université, qui lui prête ses professeurs. Le petit nombre des étudiantes est aussi un réel avantage, ainsi que l’externat qui disperse toutes les jeunes filles venues de loin dans des familles de la ville où elles prennent pension. Le système des dortoirs d’un genre ou d’un autre est évité ainsi. Presque partout ailleurs il m’a choquée. Rien de plus coquet, de plus confortable