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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/845

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attention, toute son expérience, toute sa science et tout son art tendent à discerner les circonstances particulières infiniment nombreuses et variables qui peuvent entraver ou compromettre cette marche naturelle vers la guérison, et à détourner, s’il se peut, ces influences nuisibles.

« Pour cela encore, on n’a pas une formule générale. Le médecin n’arrive à se rendre utile que s’il a beaucoup appris, s’il a beaucoup vu, s’il a un esprit alerte, capable de bien observer, de comprendre vite, de se décider rapidement. Alors il peut saisir et combattre, dans chaque cas particulier, ce qui compromet la guérison. Ce qui fait la supériorité professionnelle du médecin, c’est la science et l’intelligence. C’est pour cela qu’il y a de bons et de mauvais médecins, quoiqu’ils aient tous les mêmes livres et les mêmes maîtres. C’est pour cela que nous ne voulons pas éloigner de l’éducation du médecin ce qui peut augmenter l’activité et la puissance de son intelligence. Nous voulons que tous reçoivent l’instruction scientifique qui rendra féconde l’éducation professionnelle ; chacun en profitera suivant ses facultés. »

Restait l’objection des intérêts locaux, toujours si faciles à prendre alarme devant les mesures d’intérêt général. Ici, elle surgissait de certaines écoles préparatoires de médecine. L’enseignement médical ne se donne pas seulement dans les facultés de médecine ; il se donne aussi, en tout ou partie, dans des écoles de plein exercice, Alger, Marseille et Nantes ; et dans un assez grand nombre d’écoles préparatoires, Amiens, Caen, Rouen, Angers, Rennes, Poitiers, Clermont, Grenoble, Dijon, Besançon, Reims, Limoges et Tours. D’après les règlemens en vigueur ces écoles donnent, en outre de l’année des sciences accessoires, deux années de médecine. La perte de la première année ne serait-elle pas pour elles un dommage irréparable ? Et sans connaître au juste la lettre et l’esprit des règlemens en préparation, quelques-unes avaient pris peur et s’étaient mises en campagne, réclamant au nom de leurs intérêts menacés.

Il n’a pas été difficile de les rassurer. En premier lieu, aucune n’avait à redouter de dommage. Les unes, par exemple Clermont, Dijon, Caen, Grenoble et Besançon ont à côté d’elles une faculté des sciences ; leurs futurs élèves y feraient leur première année de sciences, tout comme à Bordeaux, Lyon, Nancy, Lille, Montpellier, Toulouse et Paris, qui ont des facultés de médecine. Pour les autres, pour celles qui sont dans des villes sans faculté des sciences, comme Nantes, Angers, Reims, Rouen, Limoges et Tours, autre était la situation ; il pouvait y avoir péril en la demeure. Si, par exemple les élèves de Nantes étaient forcés d’aller faire à Rennes leur année de sciences, une fois cette année faite