Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/821

Cette page n’a pas encore été corrigée


forceps et formuler une ordonnance : toute clinique est aujourd’hui flanquée d’un laboratoire ; la boîte à réactifs, l’étuve à cultures et le microscope sont désormais pièces indispensables de l’appareil médical. A chaque instant, la science est mise à réquisition ; pour nombre de diagnostics un examen chimique ou microscopique en dit maintenant plus long que l’auscultation la plus attentive ou la percussion la plus délicate ; pour la thérapeutique, nombre d’agens puissans tels que l’électricité, les poisons organiques, les virus atténués, ont été empruntés à la physique et à la chimie. Il ne saurait donc désormais y avoir de médecin parfait, — et l’organisation des études doit tendre à l’idéal, — sans un esprit vraiment scientifique et sans une certaine pratique des sciences physico-chimiques.

D’où, au point de vue d’une organisation rationnelle des études, cette double conséquence : nécessité de n’aborder les études médicales qu’avec une suffisante initiation scientifique ; nécessité, tout le long des études médicales, de lier à chaque portion d’entre elles les applications scientifiques qu’elle peut recevoir.


III

Cette double nécessité, aujourd’hui absolument impérieuse, n’a pas été sans être entrevue dès le début, et avec une clarté croissante à mesure qu’elle se manifestait davantage. Les décrets de 1893 n’ont pas la prétention de l’avoir découverte ; ils se sont proposé purement et simplement d’y mieux satisfaire qu’on n’avait fait jusqu’alors. Envisagés ensemble avec leurs précédens, ils sont non une création, mais une mise au point que commandaient à la fois l’état présent des sciences et les défauts constatés de la réglementation antérieure.

C’est la Révolution qui a tenté la première organisation rationnelle des études médicales. Dans ses règlemens se marque déjà le souci de la culture scientifique indispensable au médecin. Ainsi la loi de l’an III, par laquelle étaient créées les trois écoles de santé de Paris, de Montpellier et de Strasbourg, décidait que les élèves en seraient choisis « sur leur civisme, » — c’est la note et l’exigence du temps, — mais aussi « sur leurs premières connaissances acquises dans une ou plusieurs sciences préliminaires de l’art de guérir telles que l’anatomie, la chimie, l’histoire naturelle ou la physique. » La loi de l’an XI, qui réglementa, quelques années plus tard, l’exercice de la médecine, décidait de même qu’à défaut « d’une attestation d’un cours complet dans un lycée, » les élèves seraient soumis à un examen préliminaire dans lequel on s’assurerait qu’ils ont les connaissances indispensables