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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/818

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Si maintenant on rapproche ces deux esquisses, l’organisation d’aujourd’hui et celle de demain, on en voit clairement les différences : c’est essentiellement, — sans parler ici de la prolongation du stage hospitalier, ni d’une économie plus rationnelle des examens, — la suppression du baccalauréat restreint ; la transposition de la faculté de médecine à la faculté des sciences de l’étude préliminaire des sciences physiques, chimiques et naturelles, en ce qu’elles ont de général, et par suite, la restitution à l’enseignement de ces sciences dans les facultés de médecine, du caractère biologique et médical qu’il doit avoir et qu’il avait perdu ; enfin la restitution aux études médicales des quatre années pleines de la scolarité réglementaire. De la sorte, les étudians n’aborderont plus la médecine qu’avec les connaissances scientifiques indispensables, et une fois engagés dans leurs nouvelles études, à chaque pas, ils y rencontreront, chacune à sa place, les multiples applications des sciences physiques, chimiques et naturelles.


II

L’idée directrice de la réforme a donc été une idée scientifique. Elle a pour origine l’influence sans cesse croissante des sciences proprement dites sur l’art de guérir ; elle vise à donner au futur étudiant en médecine les premières connaissances à la fois théoriques et pratiques, faute desquelles il court risque de n’être qu’un empirique, et au futur praticien les ressources techniques que chaque jour la science pure met à sa disposition, en même temps qu’à lui assurer, dans une plus large mesure, l’intelligence des phénomènes auxquels il a affaire.

Depuis le commencement du siècle, tout au moins depuis l’organisation de l’Université impériale, à part une courte interruption de quelques années seulement, les règlemens sur la matière ont imposé au futur étudiant en médecine des études classiques complètes. Il a semblé que la profession médicale, et par la nature même des questions qu’elle traite, et par les qualités d’intelligence qu’elle exige, et par l’influence d’ordre moral qu’exerce le médecin sur ses malades, et par le rôle social que, le plus souvent, il est appelé à jouer, requérait autant, sinon plus que toute autre profession libérale, ces garanties intellectuelles qu’en France et ailleurs on croit trouver dans les humanités et la philosophie. Mais outre cette culture générale qui hausse et élargit l’esprit, il faut au médecin, en même temps que son art particulier, et pour en être maître, une culture spéciale d’ordre purement scientifique.

La médecine, en effet, n’est pas une science qui se suffise à