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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/744

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et que nous pouvons, par conséquent, employer la majeure partie de nos forces contre la France : elle n’aurait pas donné une telle assurance sans un sérieux motif. » Il faut remarquer ensuite le retard que la Prusse met à renouveler son alliance avec la France. « Il n’a jamais été douteux, continue l’impératrice, que ce roi cherche notre écrasement ; mais comme, d’une part, notre armée est encore réunie et que, d’autre part, un corps considérable de troupes russes est prêt à entrer en campagne, comme il lui faut seulement des guerres où il y a peu à risquer et beaucoup à gagner, il est très probable qu’il a prêté l’oreille aux ouvertures secrètes de l’Angleterre. Il pourrait ainsi se tenir tranquille pendant un certain temps, surtout au commencement, et se contenter de voir la France nous affaiblir dans la prochaine guerre et lui procurer l’avantage d’être plutôt en état de parler en maître sur un autre point. Toutes ces circonstances ont dû faire réfléchir la France et expliquent l’hésitation qu’elle met encore à engager la guerre sur terre comme on l’en presse, et pourquoi elle se borne jusqu’ici à des préparatifs maritimes. Mais cette incertitude doit cesser, il n’y a donc pas un moment à perdre pour lui parler. »

Suit l’émunération des propositions à faire, qu’il ne faudra pourtant pas énoncer d’une manière trop complète et trop précise avant de savoir dans quelles dispositions elles seront accueillies. Une insistance particulière doit néanmoins être mise sur l’échange de situation offert à l’infant Philippe, et, chose assez remarquable, ce n’est qu’après avoir évalué l’avantage pécuniaire que tout domaine situé en Flandre présente sur un territoire de même étendue en Italie qu’on aborde le véritable intérêt politique de cette substitution. « Elle serait, dit la dépêche, d’une valeur inappréciable pour la France, celle-ci ayant principalement dirigé ses projets d’agrandissement sur cette partie des Pays-Bas, aussi bien pour assurer davantage sa nouvelle acquisition du duché de Lorraine que pour mettre sa capitale à l’abri d’une attaque ennemie en cas de guerre malheureuse. Lors de la guerre de la succession d’Espagne, le roi n’était pas en sécurité à Versailles, et il n’aura pas échappé à la cour de France qu’à l’époque où les armées commandées dans la dernière guerre par Belle-Isle et Maillebois se trouvaient engagées en Allemagne, l’année combinée disponible dans les Pays-Bas aurait pu pénétrer en France et mettre (in à la guerre d’un seul coup, si les puissances maritimes avaient écouté les propositions de lord Stair… En réalité, ce sera comme si cet équivalent appartenait à la France ; nous consentirions au besoin à en garantir d’avance, et par une clause