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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/729

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« On vient de découvrir, écrivait plaisamment Horace Walpole (oubliant que le ministre son père avait été en butte précisément aux mêmes reproches), qu’il y a en Angleterre un pays appelé le Hanovre, qui est constamment exposé aux incursions des Français et des Prussiens (on appelle Prussiens un corps de hussards qui fait partie de l’armée française), et il a été jugé nécessaire de prendre en solde des Hessois, des Russes et autres gens habitant dans le voisinage de cette partie de la Grande-Bretagne, afin de préserver cette contrée de toute attaque. La convenance d’une mesure de ce genre est facile à comprendre. Il y a pourtant des personnes qui ne peuvent se défaire des préjugés de leur éducation, et qui, attachées à l’ancienne géographie, ne veulent pas croire qu’il y ait une province de Hanovre en Angleterre, et, ne trouvant pas cette contrée sur la carte, pensent que l’Angleterre n’avait aucun besoin de ces mercenaires : entre autres un certain William Pitt, contestant absolument cette nouvelle géographie, a déclaré qu’il s’opposerait de toutes ses forces à ce genre de traité. »

Effectivement, le célèbre Pitt sortait à ce moment même du conseil où, très gêné qu’il était par l’antipathie que le roi éprouvait pour sa personne, il n’occupait qu’un office secondaire : et il annonçait que, dès que les conventions relatives aux subsides de la Hesse et de la Russie seraient apportées au Parlement, il profiterait de sa liberté pour les écraser des foudres de son éloquence. Il entraînait avec lui dans sa retraite le chancelier de l’Echiquier, qui refusait de mettre sa signature aux bills qu’en sa qualité de ministre des finances il aurait été chargé de présenter.

Par une singulière coïncidence, ce financier rebelle avait, pour motiver son opposition, une raison toute particulière dont il ne faisait probablement pas mystère : car c’était ce même sir John Legge qui, envoyé peu de temps avant la paix d’Aix-la-Chapelle en mission temporaire à Berlin, avait reçu les confidences de Frédéric. Il était revenu convaincu que ce souverain, sur lequel toute l’Allemagne avait les yeux fixés, n’aspirait au fond de l’âme qu’à se détacher de l’alliance compromettante de la France et n’attendait qu’une chose pour tendre la main à l’Angleterre : c’était d’être assuré qu’il lui serait fait bon accueil, et qu’on désarmerait la sotte rancune dont il était l’objet de la part de son oncle. Dès lors pourquoi acheter à grands frais des mercenaires d’une fidélité toujours douteuse, quand il suffisait de ne pas s’entêter dans une hostilité sans motifs pour acquérir un soutien puissant avec lequel (fallût-il aussi le payer) on aurait au moins le prix de ses sacrifices ? C’était l’avis de tous les gens sensés jusque dans