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si efficace, sur les pays balkaniques. En parlant de la Roumanie, et même de la Serbie, M. le comte Kalnoky a usé de ses précautions ordinaires, et, tout en regrettant certains désordres qui se sont produits dans ce dernier pays, il a exprimé sa confiance dans la bonne volonté de son jeune roi. La Bulgarie et le prince Ferdinand seuls ont été assez malmenés. Il est vrai que le prince Ferdinand a renvoyé M. Stamboulof, et que le roi Alexandre a rappelé son père : on conçoit que le gouvernement autrichien considère ces deux actes à des points de vue très différens.

M. Hanotaux a envoyé M. Le Myre de Vilers à Madagascar, porteur d’instructions confidentielles dont le secret a été bien gardé. Mais, si on ignore le texte exact de ces instructions, le sens général en est connu ou deviné de tout le monde. La situation de notre résident général à Tananarive, celle de nos compatriotes dans la grande île africaine, sont devenues intolérables, dangereuses même, et le moment paraît venu pour le gouvernement de la République de prendre une résolution. Il faut, ou évacuer, ou ramener le gouvernement hova au respect de notre traité de 1885. Évacuer, personne en France n’oserait le conseiller ; quant au traité, à peine était-il signé que le gouvernement hova en méconnaissait les prescriptions, et, pour dire le vrai, il ne l’a jamais fidèlement exécuté. Les droits que ce traité nous confère sont pourtant très limités, et le gouvernement hova, en les respectant, n’aliénerait qu’une assez faible partie de son indépendance. Notre protectorat, en effet, se réduit pour nous à présider aux relations extérieures de la reine de Madagascar : du reste, nous nous sommes interdit toute immixtion dans l’administration intérieure du pays. C’est peu sans doute ; mais si on se rappelle quelle était notre situation à la fin de 1885, et dans quel profond discrédit était tombée alors la politique coloniale, on comprendra que nous n’ayons pas exigé davantage. Nous n’aurions pas pu l’obtenir sans faire une expédition en règle, et l’état des esprits ne permettait même pas d’y songer. Il ne faut pas oublier qu’à ce moment, le maintien de l’occupation du Tonkin n’a été voté qu’à quatre voix de majorité : encore ne l’a-t-il été que parce que la nouvelle du traité conclu avec le gouvernement malgache était arrivée la veille à Paris. Tel qu’il est, ce traité nous a donc rendu un grand service. Il était d’ailleurs suffisant, et, à la condition d’être respecté, il nous permettait d’attendre longtemps et patiemment avant de faire un pas nouveau. Il nous assure, en effet, une situation privilégiée à Madagascar et ferme la porte aux ambitions étrangères : ce sont là des avantages qui réservent l’avenir et dont nous pouvions certainement nous contenter dans le présent. Par malheur, le gouvernement hova, après nous avoir fait ces concessions sur le papier, s’est empressé de nous les retirer dans la pratique. Cette médiocre affaire de l’exequatur, dont on a tant