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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/695

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officielle de la nation française, et il ne serait que temps de remettre en vigueur contre eux la loi du sacrilège.


II

Venons à l’idée maîtresse qui prête au livre de M. Metchnikoff un véritable intérêt scientifique. Il y arrive tard, après qu’il s’est soulagé de toutes les théories en fermentation dans son cerveau, sur le progrès, les races, le milieu. Il eût gagné à se cantonner au cœur de son sujet, suffisamment riche par lui-même. L’idée n’est pas précisément neuve ; mais notre auteur est le premier qui fait systématisée, qui lui ait donné la plupart des développemens qu’elle comporte, — pas tous, — qui fait éclairée par un ample faisceau d’observations géographiques et historiques, qui fait enfin exagérée, comme il convient à tout créateur d’un système.

Les grands fleuves sont les vrais pères de la civilisation. Nourriciers des hommes, ils leur imposèrent le travail individuel d’abord, le travail collectif ensuite. Ils réunirent les premiers groupemens humains, ils furent le lien de ces agglomérations primitives, ils éveillèrent chez nos ancêtres vagabonds les notions de stabilité, de solidarité, d’organisation sociale. Durant la première phase de l’histoire, la période fluviale, alors que la mer ténébreuse inspirait aux races timides une insurmontable terreur, ces éducateurs fournirent à l’humanité les seules voies de communication à la mesure de ses forces. Plus tard, quand s’ouvrit la seconde période, méditerranéenne, ils conduisirent leurs enfans enhardis à leurs déversoirs naturels, et le champ de la civilisation s’élargit, rayonna autour des mers intérieures. Enfin, avec les temps modernes, commença la troisième période, océanique : l’homme, souverain du globe, réforma à son tour les maîtres qui l’avaient formé ; il modifia leur régime, les relia entre eux par des canaux, et, de toutes leurs embouchures, il s’élança sur les vastes océans, il enveloppa la planète d’un réseau de civilisation uniforme.

M. Metchnikoff développe ces considérations générales. Il explique, par des motifs qui ne sont pas toujours convaincans, pourquoi tel fleuve est vivant et créateur, tel autre stérile et mort. Le Congo n’a rien su faire de ses peuples, tandis que son voisin le Nil faisait tant pour les siens. Dans des conditions géographiques toutes pareilles, l’Amazone reste obscure, le Gange devient illustre. Il y a des pauvres et des riches jusque dans