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véhémence dans ses protestations la Chambre de commerce de Bordeaux, — que de limiter le titre alcoolique des vins et de surtaxer ceux d’entre eux qui dépassent un maximum déterminé. Les xérès ou les madères, qui excèdent le titre fixé à 16 degrés, aux portes de Paris, sont soumis présentement à un droit supplémentaire. Mais il semble malaisé d’appliquer à près de 5 millions d’hectolitres de vin un système de recouvrement qui exigerait d’innombrables analyses, aucun instrument rudimentaire ne remplissant, pour les vins, le rôle de l’alcoomètre pour les eaux-de-vie.

Cette limitation de la force alcoolique aurait pour but d’empêcher le vinage qui n’est d’ailleurs pas aussi coupable qu’on voudrait le faire croire. Le vinage, consistante relever par une addition d’alcool la richesse naturelle des boissons, est une pratique qui a son utilité pour les vins destinés à l’étranger, qui ont à supporter de longs transports, ou pour ceux qui contiennent encore, après fermentation, une proportion notable de sucre, dont la transformation future pourrait développer des germes de maladie. L’alcool surajouté paralyse les fermens et conserve le liquide. Le vinage n’est souvent, à la vérité, qu’un précurseur du mouillage ; il sert de parrain au vin que l’on doit baptiser et lui facilite l’accomplissement de ses devoirs dans le monde. Jadis les vins destinés à une alliance avec l’eau n’avaient pas besoin de ce stimulant préalable. Nos départemens du Midi produisaient, avant le phylloxéra, quantité de raisins dont le jus peu délicat, mais de constitution toute sanguine, ne souffrait pas trop du régime débilitant auquel on le soumettait dans nos cités.

Ces breuvages n’existent plus, du moins sur notre sol. Il faut, ou les demander à l’étranger, ou les obtenir artificiellement. On renforce donc les vins pour les pouvoir mieux affaiblir. Aussi le Midi se lève-t-il, mû par un sentiment bien excusable, pour demander que les vins très forts, — maintenant qu’il n’en vend plus, — soient frappés d’un droit additionnel, et que les vins légers, — les seuls que fournissent ses nouveaux cépages, — soient au contraire déchargés d’une partie de l’impôt. De leur côté les régions du Centre et de l’Est, et même les représentans de la Gironde, s’insurgent contre cette prétention, d’accord avec les négocians parisiens. Quant aux districts du Nord, qui ne fabriquent pas de vin, mais qui distillent de l’alcool, ils s’étonnent qu’on veuille prohiber le vinage, pour lequel, depuis trente ans, on sollicitait la faveur d’un affranchissement de taxe, et se demandent pourquoi, les vins étrangers étant vinés, les nôtres ne le seraient pas. Tiraillé en sens divers, le Parlement, indécis, trouvant peut-être,