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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/610

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Liberté de la presse, liberté de réunion, liberté d’association, toutes ces libertés, la Restauration les a cousues sur son manteau et elle y a cousu, en outre, d’autres institutions de liberté, le jugement public, le jury populaire, le mariage civil, enfin le suffrage universel. Certainement, il reste beaucoup à faire, mais beaucoup plus aux mœurs qu’aux lois. Même dans les mœurs, la transformation, la rénovation est visible : la tolérance s’acclimate en cette terre classique de l’intolérance.

D’ailleurs, quelle que soit déjà la transformation dans les mœurs, c’est-à-dire la transformation de l’Espagne, la transformation dans les lois, c’est-à-dire la transformation de la monarchie, est, par elle-même, décisive. On pense bien que ce phénomène ne s’est pas produit comme par enchantement ; que de vénérables machines à gouverner les hommes ne se démontent pas et que des machines plus parfaites ne se remontent pas d’un seul coup ; que ce n’est ni en un mois ni en un an que réussissent à se rendre actuelles, répétons le mot propre, à se moderniser, des choses qui ont l’âge de l’Espagne et de la monarchie espagnole ; que ce n’est pas sans regarder derrière soi, devant soi et autour de soi que les ministres de la Restauration sont entrés dans les voies nouvelles ; qu’ils n’ont pas tout offert de leur plein gré et qu’on leur a dû prendre ce qu’ils ne donnaient pas. Mais, à mesure qu’ils sont entrés, plus ou moins pressés et sollicités, dans ces voies nouvelles, à mesure qu’ils y ont fait avancer la Restauration, le sol s’est dérobé, en quelque sorte, sous les pieds des autres partis, et, jusqu’aux entrailles mêmes de ce sol remué, le fixant comme les pins ont fixé les landes, la monarchie, tronc séculaire où de jeunes greffes avaient repris, a poussé de multiples et vivaces racines.


III

L’affermissement de la monarchie restaurée et, s’il est permis de le dire, sa modernisation, son renouvellement, devaient aboutir, et ils l’ont fait, à un classement nouveau, dans le pays, des opinions et, dans le Parlement, des partis politiques. Durant les premiers temps, les premières années, les résistances avaient été très vives : et de la monarchie contre une liberté dont les excès étaient trop près encore pour qu’elle ne risquât point de dégénérer aisément en désordre, et de l’opposition républicaine contre le seul principe et le seul nom de la monarchie. Mais l’opposition républicaine n’était pas la seule qu’il fallût soutenir, et la plus dangereuse pour la Restauration, même quand don Carlos eut repassé