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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/591

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toute vérité et en toute conscience, dans la lumière voulue par le sujet, Hunt s’astreignit pendant trois mois à travailler la nuit, en plein air, dans un verger, de neuf heures du soir à cinq heures du matin, à toutes les époques de pleine lune.

Lorsque les deux amis revinrent à Londres, ils trouvèrent les visages bienveillans, sourians, les mains tendues. L’heure du succès approchait. C’est Millais qui remporta le premier au Salon de 1852. Son Ophélie et surtout son Huguenot, bien qu’encore attaqués par quelques critiques, gagnèrent son procès aux yeux de la foule. Des reproductions s’en répandirent dans toute l’Angleterre. Un an plus tard, il était nommé associé de la Royal Academy et changeait les préfixes P. R. B. pour ceux de A. R. A. Puis c’est Holman Hunt qui triomphait à son tour avec la Lumière du monde. Les plus élégantes visiteuses venaient dans son atelier admirer le tableau encore sur le chevalet. Plus tard, en 1855, leur maître ou conseiller Madox Brown atteignait l’âme de la foule avec sa Fin de l’Angleterre, inspirée par le départ de plusieurs malheureux camarades pour l’Australie, où ils avaient été tenter fortune. Il représentait un jeune couple sur un bateau à voile, quittant le pays natal avec une profonde expression de désespoir. Quant à Rossetti, depuis 1850, il n’exposait plus, mais à la fin de 1856, sentant le succès assuré, il reparut en public et fut salué d’enthousiastes applaudissemens. Ce n’était pas au Salon, mais à une exposition exclusivement pré-raphaélite qui venait de rassembler les principales œuvres de la confrérie. Ce jour-là, on vit la première aquarelle du Rêve de Dante, qui demeure une des œuvres les plus complètement significatives de Rossetti. Hughes venait de se révéler avec son triptyque de la Veillée de sainte Agnès, tiré d’un poème de Keats. Entre temps, Stephens, l’un des premiers P. R. B., était parvenu au poste décisif de critique dans le Times, là même où ses amis avaient rencontré le plus d’hostilité. De nombreux artistes accouraient se ranger sous le drapeau révolutionnaire : Mark Anthony, John Brett, Val Prinsep, Thomas Seddon, Watson, Lewes, Burton, Spencer Stanhope, Halliday, James Campbell, Carrick, Morten, Lear, Davis, Boyce, Inchbold, John Hancock, Windus. Des philosophes et des poètes, Carlyle et Tennyson, Coventry Patmore et Dickens lui-même, l’ancien adversaire des premiers jours, escortaient les triomphateurs. Enfin trois jeunes gens, dont on ne savait guère encore ce qu’ils seraient, arrivaient d’Oxford pour demander à Rossetti la route vers l’idéal : ils s’appelaient Swinburne, William Morris et Burne Jones.

Les pré-raphaélites s’amusaient à faire les portraits les uns