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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/535

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esprit de conciliation ou, ce qui serait pire, par un défaut de conviction ; s’il refuse le corps-à-corps aux socialistes et se réfugie dans l’équivoque ; s’il cherche à ramener les uns par des mots et les autres par des concessions réelles, il se sera condamné lui-même et aura condamné le Parlement à l’impuissance ; nous n’aboutirons dès lors à rien. On aura ressuscité le vieil opportunisme sans y retrouver les avantages que bien souvent la république y a rencontrés. On sera retombé dans l’ornière d’où nous sommes sortis avec tant de peine, et on s’y sera embourbé dans les plus mauvaises conditions.

Il faut être en finances socialiste ou libéral. Certains radicaux chercheront toujours sans doute une troisième porte de salut, et s’ils reconnaissent un jour que personne n’est prêt à la leur ouvrir, beaucoup d’entre eux se résigneront sans beaucoup de regrets à n’être que des socialistes purs et simples.

Mais il y en a d’autres qui feront, il faut l’espérer, des réflexions plus judicieuses, et qui, s’apercevant que la politique pure, celle des politiciens, ne mène à rien, se sentiront forcés de pénétrer plus avant qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent dans l’étude des problèmes économiques et sociaux ; ceux-là viendront à nous.

Le devoir du gouvernement est tout tracé ! C’est à lui d’amener ceux qu’on appelle les radicaux de gouvernement à se débarrasser des sophismes politiques et anti-républicains, parce qu’ils menacent la liberté et l’égalité, dans lesquels ils sont encore enlizés. Mais pour être en état d’accomplir ce devoir, il faudrait que le gouvernement eût une opinion ferme. Les matières d’économie politique et de socialisme financier semblent malheureusement lui apparaître dans des nuages à contours indécis, si on se réfère à la discussion de l’été dernier. Depuis le jour où M. Dupuy a rompu à la tribune avec M. Peytral, nous n’avons pas eu de politique financière gouvernementale.

Le grand malheur de ce pays-ci sera-t-il donc toujours de n’avoir pas de gouvernement ? On s’est réjoui un jour, et on a eu raison, parce que les idées de gouvernement se sont affirmées pour combattre la désorganisation sociale et l’anarchie.

Est-on destiné à s’apercevoir que ce jour aura été sans lendemain, et devons-nous craindre que la conduite des affaires soit livrée au hasard quand il faudra combattre la désorganisation financière ?


LEON SAY.