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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/521

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impositions directes actuellement en vigueur, est la même chose que cette grande réforme appelée de tous leurs vœux par les socialistes et qui consiste à introduire en France l’impôt sur le revenu. Il est puéril, pour se concilier les partisans de l’impôt sur le revenu, de rassembler en un faisceau nos impôts sur les différentes sources de produits uniquement pour se donner, comme si c’était un avantage, le droit d’inscrire, dans notre budget des recettes, à une bonne place, le mot magique d’impôt sur le revenu. On veut éblouir les socialistes et les radicaux par l’éclat de cette étiquette et les mettre ainsi hors d’état de nous nuire. Personne, qu’on en soit certain, ne se laissera prendre à cette prestidigitation. On pourra perfectionner les impôts sur les sources de produits, et je ne demande pas mieux, je le désire même, et les couvrir d’un large manteau sur lequel on peindra aux couleurs radicales la formule Impôt sur le revenu : on ne les changera pas pour cela en un impôt sur le revenu à la façon des socialistes et des radicaux. Il n’y a que les rois d’Espagne qui pouvaient faire d’un simple peintre un chevalier de Saint-Jacques, en traçant sur sa cape, avec un pinceau, une croix rouge, comme Philippe IV pour Velasquez : les ministres des finances de la démocratie ne transforment pas de nos jours, par un simple coup de pinceau, un libéral en socialiste. Les socialistes nous reconnaîtront sous tous les manteaux qu’on étendra sur nous, et cela leur sera d’autant plus facile que nous ne voulons pas nous cacher.

N’est-il pas décourageant de penser qu’on puisse avoir recours à de semblables enfantillages et que ce soit le gouvernement qui donne un pareil exemple de puérilité ? Ce n’est pourtant pas en changeant la langue qu’on change le fond de son discours ; quand on dit toujours la même chose, il importe peu qu’on le dise dans une langue ou dans une autre. Mais quand on change de langue pour faire croire qu’on change de langage, on risque fort de compromettre sa dignité.

En politique les mots ont une valeur qui n’a rien à faire avec le dictionnaire ; ils ont le sens que leur donnent les partis, et rien ne peut le leur faire perdre.

Tous les radicaux se comprennent quand ils parlent entre eux de l’impôt sur le revenu, et nous aussi nous les comprenons quand ils en parlent devant nous et qu’ils essaient de nous l’imposer. Ce n’est pas en donnant le nom d’impôt sur le revenu à une combinaison tout autre que la leur que nous renouvellerons dans la session de 1894 la scène du baiser Lamourette.

L’impôt sur le revenu que préconisent nos adversaires ne