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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/512

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aiguë du progressif avec un tarif nul, c’est-à-dire l’exemption totale pour le premier degré, et un tarif excessif jusqu’à se saisir au besoin de toute la matière imposable pour le dernier degré.

Et c’est Mirabeau qui aurait donné un semblable conseil le 26 septembre à une Assemblée à laquelle il avait proposé, le 17 août précédent, d’insérer dans la Déclaration des droits de l’homme un article 13 où il proclamait que « tout citoyen sans distinction doit contribuer aux dépenses publiques dans la proportion de ses biens » !

Malheureusement pour nos adversaires, la vérité est tout autre, et nos contradicteurs se sont simplement trompés, pour n’avoir pas lu avec assez d’attention le compte rendu de la séance. Le 26 septembre, on mettait en discussion le dernier plan financier de Necker après l’échec de son emprunt. Les affaires de finance étaient arrivées, ce sont les expressions mêmes de Necker, « au dernier terme de l’embarras, » et il ne restait en caisse que 3 ou 4 millions, presque tout en billets de la Caisse d’escompte, pour commencer le mois suivant. Il fallait se procurer 70 à 80 millions pour répondre au service indispensable des trois derniers mois de l’année. Le ministre, « afin de se tirer de l’angoisse alarmante du moment présent, » demandait à l’Assemblée de décréter une contribution patriotique du quart du revenu, et de décider la conversion de la Caisse d’escompte en une banque nationale.

Mirabeau, l’adversaire et l’ennemi intraitable du ministre, proposa cependant d’adopter ces propositions sans les discuter ni les garantir, se fiant « au génie d’un citoyen auquel la nation avait montré, dans tous les temps, une confiance sans borne. » Et comme d’Eprémesnil, « avec l’intention d’être malin », comme on peut le lire dans le compte rendu, s’étonnait de trouver l’éloge de Necker dans la bouche de Mirabeau, celui-ci répliqua qu’il n’avait pas l’honneur d’être l’ami du ministre, mais que, le fût-il, il n’hésiterait pas à le compromettre plutôt que l’Assemblée nationale. On avait ou bien à donner des pleins pouvoirs à Necker ou bien à se rendre responsable de la banqueroute. « Qu’est-ce donc que la banqueroute si ce n’est le plus cruel, le plus inique, le plus inégal, le plus désastreux des impôts ? » Et alors, comparant à la banqueroute les autres procédés financiers auxquels on pourrait avoir recours, il prononce les paroles citées plus haut, dont on a tiré les conséquences que l’on sait. On aurait dû, pour être complet, y ajouter celles qui suivent et où la pensée se développe et s’éclaircit dans une puissante ironie : « Allons ! ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déficit. Ramenez l’ordre dans les finances. Frappez, immolez sans pitié ces tristes victimes,