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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/507

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Rien n’est plus commode d’ailleurs que cette affirmation qui a la forme d’un axiome, pour défendre les gros budgets contre ceux qui voudraient les réduire, puisque le poids total n’est rien et que le mode de répartition est tout. Il est dès lors bien inutile de se préoccuper du poids total.

Les gros budgets d’aujourd’hui proviennent de la multiplicité des lois d’intervention, de protection, d’hygiène, etc., qui ont pour premier résultat de constituer un immense outillage spécial ; de faire des travaux publics exagérés ; et ensuite d’augmenter le nombre des fonctions et par voie de conséquence le nombre des fonctionnaires chargés de surveiller les citoyens afin de les empêcher de se mal conduire, et de les forcer à vivre dans les conditions les plus hygiéniques et les plus propres à garantir leur sécurité.

Turgot pouvait espérer réussir à diminuer le poids des impôts par une meilleure répartition parce qu’il voulait en même temps réduire le plus possible les attributions de l’Etat et que, comme Gournay, d’Argenson et les autres philosophes de son temps, il considérait que les citoyens étaient « trop gouvernés ». Dans cet ordre d’idées, on pouvait supprimer aisément les impôts de consommation ; c’eût été un grand bienfait, puisque l’incidence naturelle de ces sortes de taxes produit, dans certaines circonstances, des effets si fâcheux et même, comme nous l’avons dit plus haut, si cruels.

Il faut certainement les éliminer du budget. Mais la difficulté augmente avec l’accroissement des dépenses prétendues indispensables. Un petit budget alimenté uniquement par des contributions directes établies sur des bases justes et équitablement réparties, tel était l’idéal des physiocrates. Avec de gros budgets, il n’y faut plus penser.


III

Cet idéal du petit budget dans un gouvernement dont les attributions seraient réduites au minimum n’a pas pu se réaliser, et c’est la principale raison, outre celle tirée des erreurs fondamentales de la doctrine de Quesmay, qui a empêché l’Assemblée constituante de donner à la France le budget des purs physiocrates. Les purs physiocrates ont dû céder à des nécessités d’ordre supérieur. C’est alors qu’il s’est produit comme une transformation de leur école qui a pris sa forme philosophique et économique définitive par une alliance ou une fusion avec l’économie politique, que J.-B. Say