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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/504

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les intermédiaires à supporter ce risque comme les autres risques d’entreprise.

En matière de salaires, il ne faut pas l’oublier, les patrons sont intermédiaires entre les consommateurs et les ouvriers qui ont concouru à la fabrication.

Un ouvrier qui vend sa main-d’œuvre à un patron incorpore en quelque sorte sa main-d’œuvre dans le produit que son patron livre à sa clientèle.

Il s’alimente pour pouvoir travailler, et c’est en s’alimentant qu’il entretient l’énergie intellectuelle et la force musculaire sans lesquelles il ne pourrait pas travailler. Les denrées qu’il absorbe sont la matière première de son travail, et le prix qu’elles lui ont coûté doit être porté au compte du fabricant, tout comme celui des matériaux entrant dans la composition de l’objet fabriqué.

A l’époque où l’on a discuté l’annexion des communes suburbaines à la ville de Paris, dont les fortifications sont devenues la limite en 1860, on a été obligé de modifier le mode de perception de certaines taxes d’octroi pour permettre aux industries considérables de la zone annexée de continuer leurs opérations dans des conditions analogues aux anciennes. On a imaginé un système d’introduction temporaire, comme en matière de douane, pour faciliter l’entrée en franchise, sous condition de sortie ultérieure, des matériaux compris dans la liste des objets imposés à l’ancien octroi de Paris et destinés au reste de la France.

Les industriels ont réclamé le système de cette entrée en franchise pour le charbon de terre, en prétendant que le combustible était réexporté dans le produit qu’il avait concouru à former puisqu’il avait alimenté les machines sans lesquelles le produit n’aurait pas été créé. Il y a, entre cette proposition et celle que nous avons énoncée plus haut, un rapprochement à faire qui n’est certes point forcé. N’a-t-on pas dit du charbon de terre qu’il était le pain de l’industrie ?

L’ouvrier qui s’est nourri d’alimens taxés pour avoir la force de travailler et d’achever un produit, peut très raisonnablement être considéré comme un simple intermédiaire, comme le percepteur d’un impôt qui en réalité est destiné à un autre citoyen. Le coup qui l’a frappé, il doit trouver tout naturel de le répercuter ; il a le droit de le rendre au patron par lequel il est employé, car c’est au patron que l’impôt est, sinon en fin de compte, du moins provisoirement destiné. Le patron s’arrangera plus tard pour rendre le coup à son acheteur.

Dans l’hypothèse de la répercussion sur le patron l’impôt se trouve très naturellement et très justement transféré d’un