Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/490

Cette page n’a pas encore été corrigée


tous les sentimens, même aux meilleurs, mais ils ne se privent pas de faire appel aux plus mauvais. Ils s’adressent aux républicains et aux amis du progrès en s’en donnant pour les représentans les plus autorisés et comme étant les plus capables de diriger la marche en avant ; aux philanthropes et aux sentimentaux, en se donnant comme les défenseurs des opprimés contre la violence et l’injustice de leurs oppresseurs. Ils parlent de l’injustice de la répartition actuelle des impôts entre les citoyens, dont les plus pauvres sont accablés comme par une progression à rebours. Ils divisent, pour le besoin de leur propagande, la société moderne comme l’était la société de l’ancien régime, en deux classes ayant, disent-ils, dans la société capitaliste des droits inégaux, les pauvres et les riches, et ils établissent par de prétendus calculs le bilan des impôts payés par chacune de ces deux classes. Ils ne craignent pas de nier les lois naturelles de l’incidence des impôts et concourent, en les niant, à répandre l’opinion que le Parlement, quand il fait une loi, a tout fait ; que les mots qu’il a gravés sur la table des lois sont des actes ; et qu’il suffit d’avoir formulé un texte avec la pensée de produire un effet déterminé, pour que cet effet se produise nécessairement.

ils ont toujours à la bouche, quand il s’agit de faire voter des lois prétendues protectrices des ouvriers, la fameuse loi d’airain des salaires comme un reproche à ceux qui ne veulent pas détruire la société ; ils l’oublient d’ailleurs aussitôt, et se gardent bien de rappeler tout ce qu’ils ont dit du mal qu’elle fait grâce aux économistes, quand il s’agit de faire voter des dégrèvemens qui sont populaires parmi leurs électeurs.

Cette prétendue loi d’airain des salaires, loi qui serait implacable et à laquelle la société actuelle doit se soumettre quoiqu’elle en ait, qui ne cessera de peser sur le peuple jusqu’au jour où. la société de l’avenir aura remplacé la société capitaliste, devrait cependant, si elle produit l’effet qu’ils disent, les rendre plus indifférens qu’ils ne le sont aux impôts sur les ouvriers, puisque, dégrevés ou non, les ouvriers, en raison de la loi d’airain, sont censés, ce sont eux qui le prétendent, ne pouvoir jamais gagner plus que ce qu’il leur faut strictement pour entretenir une vie misérable. Un dégrèvement d’impôt ne pourrait dès lors avoir d’autre conséquence, d’après leur propre doctrine, que d’amener une baisse correspondante dans le taux des salaires, baisse qui serait, sans résistance possible, imposée par les patrons et qui empêcherait les dégrèvemens de produire une amélioration quelconque dans le sort des ouvriers.

Mais cette loi d’airain, si souvent invoquée par les socialistes