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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/460

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« Sur votre représentation du 25e du mois courant, je vous accorde le congé de deux mois et demi que vous m’avez demandé pour aller en Lorraine et à Paris, de même que la permission de vous y marier, si vous le trouvez à propos. Mais au reste il faut que vous arrangiez auparavant vos affaires d’ici de la sorte que tous vos ouvriers soient assez occupés jusqu’à votre retour, et que rien ne soit négligé ni retardé par votre absence. Fait, à Potsdam, ce 28e mai, 1751. » Gaspard Adam parait en effet avoir « trouvé à propos » de se marier, durant ce (congé, car sa femme était Française. Plus tard, devenue veuve, elle s’agita beaucoup pour obtenir de Frédéric le paiement des travaux préparatoires exécutés par son mari pour les deux statues de Schwerin et de Winterfeld. Mais Frédéric refusa obstinément de lui rien accorder, la renvoyant, pour régler ses comptes, à Sigisbert Michel, qui avait remplacé son mari à Berlin, et qui était chargé de terminer les deux statues, sur les indications laissées par Adam.

C’est en effet Sigisbert Michel qui, après le départ d’Adam, obtint la direction de l’atelier royal de Berlin. Mais la veuve de son prédécesseur aurait été mal venue à lui réclamer de l’argent : car Sigisbert Michel avait trop l’habitude de ne point payer les dettes qu’il avait pour être homme à payer encore celles qu’il n’avait pas. C’était, au demeurant, un assez fâcheux personnage, vaniteux, menteur, fainéant, et Frédéric parait avoir eu fort à faire avec lui.

Neveu d’Adam, il était Lorrain comme lui ; et il était, lui aussi, le frère d’un maître fameux, de ce Claude Michel que nous connaissons aujourd’hui sous le surnom de Clodion. Il sut toujours, d’ailleurs, mettre à profit ses illustres parentés. A Paris, du vivant des Adam, il se fit appeler Sigisbert Adam ; à Berlin il devint Sigisbert tout court, par honte du nom de son père, Thomas Michel, qui avait travaillé chez Adam en qualité de manœuvre ; et plus tard, à Paris, son frère s’étant appelé Clodion, il s’appela, pareillement, Sigisbert Clodion. Il eut toute sa vie des inventions de ce genre. Avec cela, ouvrier très habile, égalant son frère pour la grâce et la légèreté de ses petites figures. Mais le grand art n’était point son fait. Et puis son invincible paresse dépassait encore son talent.

Depuis son arrivée à Berlin, en 1763, jusqu’à son départ, en 1770, il ne cessa point de se mettre en faute. Il ne paraît guère, durant ces sept ans, avoir fait autre chose que d’achever la statue de Schwerin, ébauchée par Adam. Encore lui fallut-il cinq ans pour l’achever. Quant à l’autre statue, celle de Winterfeld, il ne l’avait point même commencée en 1768, lorsqu’il reçut du roi le billet suivant :

« J’ai reçu votre lettre du 59 de ce mois, et vous assignerai les frais nécessaires pour placer la statue du feld-maréchal de Schwerin dès que j’en saurai le montant, lequel vous ne manquerez pas de me