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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/459

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traitait comme un négociant enrichi traite ses fournisseurs, vérifiant leurs notes avec un soin minutieux, leur retenant leurs gages lorsqu’ils n’avaient point livré au jour convenu l’ouvrage commandé, les harcelant et les surmenant de toutes les façons. Point méchant, d’ailleurs, aisé à satisfaire, familier et protecteur, s’intéressant même très volontiers aux affaires privées de ses artistes. Louis XIV y mettait moins de familiarité, mais aussi moins de parcimonie. Et de là vient que, bien qu’il fût homme de goût, ses palais, et ses collections, et son mobilier, tout cela garde toujours je ne sais quel caractère de médiocrité.

Les trois sculpteurs dont s’occupe cette fois M. Seidel étaient au surplus des artistes médiocres, et Frédéric n’avait pas de raisons pour les payer bien cher. Il faisait venir de Paris et de Rome les pièces importantes dont il ornait ses palais. Mais il voulait en outre avoir sous la main, à Berlin, des sculpteurs capables de compléter la décoration des salles, de restaurer les œuvres des maîtres, surtout d’exécuter, pour les places publiques, des statues et des bustes commémoratifs. C’est à cette intention qu’il créa, en 1747, l’atelier royal de sculpture, dont le premier directeur fut le sculpteur lorrain François-Gaspard Adam.

C’était le frère de deux maîtres connus, Lambert-Sigisbert et Nicolas-Sébastien, qui tous deux jouissaient auprès de Frédéric d’une considération particulière. Mais le talent de Gaspard était bien loin d’égaler celui de ses frères, de sorte que ceux-ci ne savaient trop à quoi l’employer, lorsqu’un hasard, en 1747, fit de lui le premier sculpteur de l’atelier royal de Berlin. On raconte en effet que sa nomination à Berlin fut le résultat d’une amusante méprise. Frédéric, désirant avoir près de soi le sculpteur Nicolas Adam, écrivit à l’aîné, Lambert-Sigisbert, de lui envoyer son frère, « le jeune Adam ». Sur quoi l’aîné lui envoya Gaspard, qui était, lui aussi, « le jeune Adam », mais qui n’était pas celui que le roi avait demandé.

C’était lui qui était venu : il fallait bien l’employer. Tout de suite Gaspard Adam reçut une liste d’ouvrages à exécuter, avec l’indication précise des dates où il devait les avoir finis. Il eut à faire des socles ornés pour les statues de ses frères, à leur faire des pendans, à décorer d’innombrables figures allégoriques les jardins de Potsdam et de Sans-Souci. Il eut encore à sculpter le buste en marbre du baron de Coccy, grand chancelier de Frédéric, mort en 1755 : Maupertuis recevait en même temps du roi l’ordre de rédiger, pour le pied du buste, « une belle inscription à la romaine ». En 1759, Frédéric commanda à Gaspard Adam deux œuvres plus importantes, les statues de ses généraux Schwerin et Winterfeld. Gaspard Adam n’eut le temps, d’ailleurs, que d’ébaucher l’une d’elles : car la même année, en 1759, il quitta Berlin et revint à Paris, où il mourut en 1761. Il était retourné une première fois en France en 1751. Et voici la lettre que lui écrivait à cette occasion le roi de Prusse :