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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/436

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estimât que la menace sourde pesant ainsi sur les rebelles des différentes provinces pouvait amener la soumission de quelques groupes désireux d’échapper au dernier moment au châtiment de la colère impériale. De grandes quantités de vivres étaient réunies depuis un certain temps à Qsabi-ech-Cheurfa, point stratégique d’une extrême importance situé dans la vallée de la Moulouïa ; des subsistances également considérables avaient été amassées dans le bassin de l’Ouad-Ziz. Tout cela constituait des indices plus que suffisans pour pronostiquer le but de l’expédition. Mais tel est au Maroc le manque absolu d’informations que l’on dissertait à perte de vue dans les légations de Tanger sur la direction que prendrait l’armée et sur l’impossibilité de franchir l’Atlas pour une colonne aussi nombreuse, quand Moulaï-el-Hassan, à la tête de troupes évaluées à quinze mille fantassins et trois mille cavaliers et quelques batteries d’artillerie de montagne, quitta Fez le 29 juin 1893. Cette armée se dirigea vers la petite ville de Sefrou, située à une courte distance au sud de Fez, puis traversa les territoires des Aït-Ioussi, par Tarzout, et la rivière du même nom, affluent du Sebou. Avant d’atteindre le grand village d’El-Outad au pied du Djebel-el-Abbâri dans la vallée de l’Ouad-Moulouïa, et Aghbalou-bou-el-Doum (la Source du plomb, (en berbère), on avait reçu de nombreuses députations de tribus du grand Atlas, Aït-Izdeg, Aït-Aïache, etc., et le sultan y demeura un certain temps : il ne voulait pas quitter la plaine ni s’engager dans le massif montagneux sans avoir obtenu le paiement des impôts dont il avait frappé ces populations.

En entrant dans le défilé de Tizi-n’-Telremt, on prenait contact avec les Aït-Izdeg, c’est-à-dire avec la grande confédération berbère des Aït-Iafelmane. C’était l’endroit critique. Car, depuis le départ de Sefrou, on n’avait rencontré que les Aït-Ioussi avec lesquels aucune difficulté n’était survenue, bien que toutes ces populations fussent un peu en l’air depuis la fin tragique de leur caïd, Ould-Thaleb-Mohammed. Tout s’était borné à quelques vols d’animaux chargés des bagages de la colonne, et on avait laissé en arrière des détachemens chargés aussi bien de punir les maraudeurs que de prélever des indemnités sur les caïds de la région. Quant aux populations du grand massif, demeurées sans lien politique depuis la mort du chérif Derqaoui, l’impression que leur produisirent les nombreuses troupes chérifiennes fut si profonde qu’elles ne tentèrent pas le moindre mouvement de résistance, et vinrent en foule et successivement demander l’aman au camp chérifien.

Dès ce moment, le succès était certain ; il devait s’affirmer de jour en jour malgré des retards dans le paiement des