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favoris, tels que de sacrifier au diable trois poules noires que l’on égorgea à un endroit voisin de la ville à l’Aïn-Toto, petite fontaine que connaissent bien les voyageurs qui ont fait la route de Meknas à Fez.

Au cours de l’été 1884, un assez gros mouvement se produisit au centre de la tribu des Aït-Ioussi ; les habitans d’un village fortifié, El-Almis, pillaient et rançonnaient les caravanes, interceptant ainsi toutes les communications avec les oasis du Tafilel. Sa Majesté Chérifienne envoya une colonne à laquelle on adjoignit un des officiers français de la mission, pour faire sauter à la dynamite ce repaire de brigands. Toutes les populations environnantes furent terrifiées du résultat obtenu par cette mine et, n’en comprenant pas le fonctionnement, elles l’attribuèrent à quelque sortilège ou maléfice apporté par les Roumis.

Moulaï-el-Hassan passa l’hiver de 1884-1885 à Fez, et en avril il reçut l’ambassade de M. Féraud qui venait lui présenter ses lettres de créance. Dès le mois de mai, il regagnait Merâkech en passant de nouveau par le Tadela dont l’état politique avait besoin d’être surveillé, car le makhzen désirait mettre à profit les bonnes dispositions des marabouts de Bou-el-Djad. Toutefois les opérations militaires se bornèrent à guerroyer contre les Ait-Bou-Zid, tribus habitant les montagnes qui bordent le nord de la vallée de l’Ouad-el-Abid et qui avaient refusé de payer l’impôt. La cour chérifienne hiverna à Merâkech et on se prépara à entamer au printemps la seconde expédition du Sous, rendue nécessaire par les nouvelles très mauvaises que l’on recevait de ces régions méridionales. Au cours de cette campagne, le sultan paracheva les résultats ébauchés durant l’année 1882 et descendit jusqu’à Angoulmine où furent reçues des députations sahariennes ; de nouveau, des caïds furent nommés dans toute la contrée du Sous qui se trouva ainsi définitivement organisée et soumise au pouvoir de Moulaï-el-Hassan. On franchit au retour l’Atlas par la région extrêmement difficile et complètement inexplorée des Ida ou Tanane. Les officiers de la mission militaire française procédèrent à l’établissement d’un petit chemin muletier qui permit à l’artillerie et aux gros bagages de la colonne de traverser un massif réputé inabordable ; après avoir débouché dans la plaine de Merâkech, on rentrait en ville à la fin du mois d’août 1886. Pendant l’hiver, le sultan reçut pour la seconde fois notre ministre, M. Féraud.

Au printemps de 1887, Moulaï-el-Hassan se mettait de nouveau en route, désirant visiter la petite ville de Demnal, voisine de Merâkech, où abondent les juifs, afin de se rendre compte par