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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/391

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augmentation du nombre des fermiers et surtout par un accroissement, en l’espace de dix années, de plus de 338 000 dans le nombre des agriculteurs propriétaires. La diminution d’une part et l’accroissement de l’autre s’expliquent manifestement par l’accession d’un certain nombre de colons et de journaliers à la propriété ; et cette explication paraît d’autant moins contestable que la rémunération des auxiliaires de l’agriculture, journaliers ou domestiques de ferme, a augmenté dans une plus forte proportion que les salaires industriels, en même temps que les conditions de l’existence matérielle dans les campagnes étaient améliorées. Ces derniers faits sont-ils uniquement le résultat d’un progrès naturel ou faut-il y voir en partie une conséquence de l’émigration vers les villes ? Nous n’avons pas à l’examiner ; le point essentiel est que la propriété foncière tend de plus en plus à se répartir entre un plus grand nombre de mains. Cette ascension de la population rurale vers la propriété et l’indépendance s’accélérerait singulièrement si, au lieu de poursuivre l’abolition de la contribution foncière, ce qui serait un présent funeste, les amis de l’agriculture tournaient leurs efforts vers la réduction des droits de succession en ligne directe, et la diminution des droits de mutation, afin que les petits héritages ne soient plus dévorés par le fisc, et vers la révision des tarifs de l’enregistrement et l’abaissement des frais hypothécaires afin que le moindre emprunt ne soit plus une charge écrasante et souvent une cause de ruine pour le cultivateur frappé par un sinistre.

La nationalisation, c’est-à-dire la confiscation que le socialisme aurait à appliquer à la propriété rurale, porterait d’après les chiffres qui précèdent sur les biens et les familles d’au moins 5 millions d’électeurs. Croit-on que ceux-ci se laisseraient déposséder sans résistance, et par quel autre argument que la force leur ferait-on accepter une dépossession qui les réduirait au rang et à la condition des bandes de coolies employées dans les Indes à la culture du riz et de la canne à sucre ? On s’est habitué, il est vrai, à considérer les populations rurales comme des troupeaux incapables d’initiative et de concert en vue d’une résistance, et dont la soumission est acquise aux décrets expédiés de Paris. Il n’en saurait plus être ainsi, grâce à un germe fécond déposé dans la loi de 1884 et qui promet de compenser les maux imputables à cette loi.

Nous voulons parler de la création des syndicats agricoles, que cette loi n’avait point en vue, mais dont elle a permis l’établissement. L’agriculture avait vu disparaître la prospérité dont elle avait joui sous l’Empire et qui avait déterminé la mise en culture