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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/390

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propriétaires du sol s’accroissait très lentement depuis que ce genre de propriété n’était plus nécessaire pour devenir électeur, faisait remarquer que l’acquisition d’un lopin de terre, presque toujours insuffisant pour nourrir une famille, nécessitait la possession d’un capital d’une douzaine de mille francs, et que ce même capital permettait d’acquérir aux Etats-Unis et de mettre en valeur une ferme d’une moyenne étendue. Lord Salisbury approuvait donc les ouvriers anglais d’émigrer plutôt que d’aventurer leurs petites économies dans une acquisition souvent improductive. On n’a point réussi à soulever les ouvriers anglais contre les grands propriétaires terriens, parce que le partage de la propriété foncière, dans les conditions onéreuses où elle s’exploite aujourd’hui, ne leur offre aucune perspective séduisante. En France, la situation est inverse : ce sont les petites propriétés qui sont nombreuses, et c’est la grande propriété qui est l’exception. Il résulte, en effet, des relevés officiels publiés par les administrations des finances et de l’agriculture que le nombre des cotes foncières, qui était déjà de dix millions et demi en 1835, était arrivé, en 1882, au chiffre de 12 115 277 cotes, sur lesquelles 1 630 000 seulement, soit un et demi pour 100, se rapportaient à des domaines ou à des cultures supérieures à 40 hectares ; encore faut-il faire observer que ce dernier chiffre englobait les bois, les étangs et les marais. Dès 1884, l’administration des finances constatait un nouvel accroissement du nombre des cotes foncières, qui atteignait 14 074 801, et les cotes portant sur plus de 40 hectares ne représentaient plus que 1,15 pour 100 du chiffre total. Le morcellement du sol ne s’est pas arrêté, mais comme un seul propriétaire peut avoir plusieurs cotes à acquitter, ces chiffres ne nous donnent pas le nombre des personnes intéressées au maintien de la propriété ; nous le trouvons dans un tableau dressé par M. Block, d’après les derniers documens publiés par l’administration des finances pour 1882 et qui, paraît-il, est jusqu’ici le plus récent. Voici ce tableau :


Propriétaires cultivant exclusivement leur bien 2 150 696
— — et en même temps des terres à autrui 1 314 646
Fermiers 468 174
Métayers ou colons 194 448
Journaliers et domestiques 753 313

Il est très intéressant de comparer ce tableau avec un tableau analogue établi pour 1862 ; cette comparaison permet de constater une certaine diminution sur le chiffre des colons et des journaliers, diminution qui est largement compensée par une