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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/386

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allemande, et, loin de chercher à apaiser ces dissidences, les délégués anglais, par leurs critiques acerbes comme par leur obstination à maintenir leurs vues particulières, même sur des points tout à fait secondaires, laissèrent voir une médiocre estime pour leurs confrères des autres pays. Rappelons, en passant, que déjà les délégués anglais, en se retirant du congrès de Bruxelles, avaient singulièrement contribué à le faire échouer, et que les délégués anglais de 1889, en rendant compte à leurs compatriotes du congrès tenu à Paris, avaient laissé entendre, avec des formules de politesse, qu’ils avaient assisté à des réunions d’enfans taquins et de nigauds bien intentionnés.

L’assurance des révolutionnaires se fonde surtout sur la rapide multiplication des syndicats professionnels auxquels la loi de 1884 a donné naissance. Cette loi a mis, en effet, aux mains des agitateurs une arme puissante qui leur avait été refusée jusque-là ; ils s’en sont servis immédiatement avec habileté et avec énergie pour susciter partout où ils l’ont pu des grèves qui n’ont point été profitables aux grévistes ; mais comme il s’agissait avant tout pour eux de faire montre de leur puissance, d’acquérir un grand prestige au sein de la population ouvrière, et d’intimider un gouvernement dépourvu de fermeté, on ne peut dire que leur but n’ait pas été atteint. Le comble de l’habileté avait été d’installer à la Bourse du Travail de Paris, sous prétexte de contrôler l’emploi de la subvention municipale et de prendre les mesures d’ordre intérieur, un comité général, assisté d’une commission exécutive chargée de l’exécution de ses décisions. Ce comité général, aux termes d’un jugement du tribunal correctionnel de la Seine, qui en a prononcé la dissolution, « était investi de pouvoirs prépondérans et incontestés, tels que ceux d’accorder des subventions à toutes les grèves et de favoriser, même par des avances de fonds, la création de nouvelles bourses du travail. » C’était bien réellement un pouvoir central, créé en violation de la loi de 1884 pour prendre officiellement la direction du mouvement socialiste, donner l’impulsion et le mot d’ordre aux syndicats de province comme de Paris, et les réunir tous dans une action commune. Le nombre des syndicats exclusivement composés d’ouvriers étant arrivé, suivant M. Block, au chiffre de 1 182 à la fin de 1891, on voit que le comité central se préparait à prendre le commandement d’une véritable armée, lorsque le gouvernement s’est ému et est sorti de sa torpeur.

Le comité central affectait de ne vouloir avoir de rapports qu’avec le conseil municipal de Paris ; il feignait d’ignorer le gouvernement, auquel il n’avait communiqué ni ses règlemens, ni les