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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/242

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déférence à un Parlement que de lui dire clairement la vérité », ou même que « ce n’est pas s’arroger une puissance excessive que d’apporter dans la gestion des affaires administratives et dans l’exécution des pensées du législateur une vigilance attentive et une calme fermeté. » Eh ! non, ce n’est pas là s’arroger une « puissance excessive ». Le gouvernement peut même se donner une tâche plus large sans sortir de son caractère. « Cette conception du rôle du gouvernement, déclare enfin M. Poincaré, est certainement la vôtre, Messieurs ; vous n’aimez, je le sais, ni les excès, ni les défaillances, ni les abus, ni les abdications de pouvoirs. » Certes, voilà des phrases bien faites, et si exactement ajustées et compensées que nous ne pouvons souhaiter qu’une chose, à savoir que M. le ministre des finances mette un aussi parfait équilibre dans la confection de son budget. Mais cela ne nous dit pas quelle est la politique du gouvernement. Quant à la Chambre, nous savons très bien que, comme toutes les Chambres, elle est incapable d’en avoir une à elle toute seule. Il est vrai qu’elle peut, en revanche, en avoir plusieurs en même temps.

Au moment même où paraissait notre dernière chronique, M. le ministre des affaires étrangères signait à Paris, avec les délégués du roi Léopold, souverain du Congo, un arrangement qui mettait fin aux difficultés pendantes entre lui et nous dans l’Afrique centrale. L’opinion publique en a accueilli la nouvelle avec une grande faveur. On n’a pas oublié à quel point elle s’était montrée émue, inquiète même, trois mois auparavant, lorsque la convention anglo-congolaise du 12 mai était apparue comme une menace d’orage dans un ciel déjà nuageux. Que reste-t-il aujourd’hui de cette convention ? L’Allemagne en a dénoncé une partie ; nous en avons nous-mêmes dénoncé une autre ; et sur les deux points nous avons eu, l’Allemagne et nous, satisfaction. L’Angleterre a renoncé très vite, devant l’opposition de la chancellerie impériale, au couloir de vingt-cinq kilomètres de large qui, pris sur la limite orientale de l’État du Congo, devait relier à l’Egypte ses possessions du sud et du centre de l’Afrique. Nos objections étaient d’un ordre différent.

Depuis assez longtemps déjà nous étions en pourparlers avec l’État du Congo pour établir entre lui et nous des frontières définitives. Celles qui avaient été indiquées à Berlin, en 1885, étaient des frontières idéales, qui se confondaient avec des méridiens en longitude et des parallèles en latitude, et qu’il fallait remplacer peu à peu par des frontières géographiques, à mesure que le pays serait complètement exploré. Une première fois déjà, en 1887, nous avons pris pour limite avec l’État du Congo le thalweg de l’Oubanghi ; mais cette rivière était encore trop peu connue alors dans une partie de son cours, et il a fallu, arrivés à ce point, se contenter provisoirement du 4e parallèle. Il restait entendu