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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/178

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aujourd’hui encombrées. Certes l’argent n’aurait plus le privilège d’une plus-value artificielle qui lui est attribuée par la convention légale. Que la fiction s’efface, et la vérité reparaîtra. Mais ne nous préoccupons pas de la perte à faire ; elle est faite. On ne la grossirait pas en la constatant, pas plus d’ailleurs qu’on ne l’atténue en affectant de l’ignorer. Les milliards de monnaie blanche qui existent chez les diverses nations du globe peuvent être cotés à leur valeur nominale dans les inventaires du Trésor ou des banques ; ils ne valent pourtant que cinq cents millions chacun sur le marché du monde. Une simple régularisation d’écritures n’augmenterait pas le malaise du commerce international, et ne diminuerait nullement la somme présente des richesses. Rien ne serait changé à l’état réel des choses ; il n’y aurait qu’un inventaire fictif de moins.

C’est pour le règlement des transactions intérieures que surgiraient les difficultés pratiques d’exécution pendant la période transitoire. L’argent, maintenu au pair en vertu de la loi dans les pays à double étalon, y possède effectivement sa pleine valeur nominale ; il la perdrait forcément si la loi était abolie.

Observons toutefois que chez les peuples bimétallistes où les finances ne sont pas avariées, la monnaie libératoire de métal blanc, la pièce de cinq francs, ne joue plus guère aujourd’hui que le rôle des pièces divisionnaires ou d’appoint, dont la valeur réelle importe peu.

D’autre part, les divers projets de refonte des monnaies blanches, discutés depuis quelque vingt ans déjà par les congrès et la presse, Sont l’indice d’une situation anormale et du sentiment public qu’il en faut sortir. Même les partisans du bimétallisme solidaire semblent se résigner à des sacrifices indispensables et consentiraient, dit-on, à modifier le rapport légal pour le conserver, ne fût-ce qu’un temps. La perte, plus ou moins notable, subie par l’argent, ne manquerait pas de provoquer certaine perturbation financière. En coûterait-il bien davantage de supprimer une bonne fois tout rapport quelconque pour revenir définitivement à la vérité ?


VI

Le nœud de la question est en Amérique, d’où provient, croyons-nous, la moitié environ du métal blanc produit sur la terre. Et encore les principaux intéressés dans les deux continens américains nord et sud se réduisent-ils à une quarantaine peut-être de personnalités ou de groupes distincts, sous la