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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/168

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un sens ou dans l’autre, se renouvelleront, d’autant plus rapides et plus intenses que les mines sont plus nombreuses, mieux exploitées, et les affaires commerciales plus étendues. Quel qu’il soit, tout rapport fixe, consacré par la loi, fera toujours une monnaie fausse sur deux. La loi ne saurait en effet, sans produire ce résultat déplorable, intervenir dans la dépréciation et la surpréciation naturelles des espèces métalliques, dont la valeur comparative dépend de circonstances très diverses et très obscures, qu’aucun acte législatif ne peut ni prévoir ni déterminer.


II

Cette solidarité monétaire fâcheuse nous est devenue si familière par l’effet de la longue habitude, que beaucoup d’esprits y voient une nécessité absolue. Pourtant, les monnaies de métaux différens n’ont pas été spécialement inventées et mises en usage pour s’échanger mutuellement les unes contre les autres. Elles sont faites avant tout pour s’échanger contre des produits, et pour servir de commune mesure dans l’achat et la vente des marchandises ou des propriétés, ainsi que dans le paiement des services et des salaires. Si elles s’échangent entre elles et contre le papier fiduciaire, ce n’est que subsidiairement, non pas du tout par destination, et cette opération supplémentaire devrait se faire librement, comme la principale, à des conditions débattues.

Dans les transactions commerciales, deux facteurs seulement sont à considérer : l’objet qu’il s’agit d’acheter ou de solder, et la monnaie qui le mesure et le paie. Leur rapport, toujours changeant, se trouve donné, en chaque occasion, par le cours spontané du marché. Pourquoi introduire un troisième facteur sous la forme d’une seconde monnaie, de valeur changeante aussi, mais rattachée indissolublement à la première par une règle de proportion immuable ? C’est entremêler et confondre en une seule opération deux choses très distinctes : un échange naturel et libre, et un échange artificiel et forcé. Le quintal de blé qui, tel jour, dans un pays à double étalon, se vend 20 francs, y vaut indifféremment 20 francs d’argent ou 20 francs d’or en vertu de la fiction bimétalliste. Pourtant la différence réelle est de 50 pour 100 entre les deux valeurs. Laquelle des deux est la vraie ? Cruelle énigme. Parce que le quintal aura été payé 20 francs d’argent, ce qui équivaut à 20 francs d’or sous le régime de la solidarité monétaire, se trouvera-t-il soudain valoir en réalité 40 francs d’argent ? Ou bien, parce qu’on l’aura payé 20 francs d’or, somme équivalente à 20 francs d’argent, d’après le rapport légal, ne