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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/130

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des collèges de femmes du Massachusetts. La directrice de rétablissement nous dit qu’elle laisse à ses aides toute l’initiative possible, qu’il ne faut pas de règle étroite, mais simplement opposer les forces organisées du bien aux forces organisées du mal, sans avoir peur de se salir les mains en s’attaquant aux misères morales, qui ne sont souvent que les résultats presque inévitables de l’extrême pauvreté. Elle et ses compagnes se sont livrées pour commencer à une étude approfondie des conditions sociales du quartier, puis, une fois au courant des habitudes, des travaux de leurs voisins, tout a été facile ; elles n’ont eu qu’à entrer en communication avec les œuvres de charité déjà existantes aux alentours, avec les trade unions, les clubs d’ouvriers, les sociétés de tempérance, à visiter les malades, à causer, à prêter des livres, à suggérer des amusemens sains. Dans la pièce voisine, nous entendons un babillage confus ; eh bien, cette chambre est pleine de petits enfans ; ils occupent leur après-midi d’une façon puérile en apparence, mais qui a cependant son côté sérieux. Une de ces dames leur apprend à faire un drapeau, à tailler le bois, à coudre l’étoffe en disposant les couleurs comme il faut ; celui qui aura réussi dans ses efforts emportera le drapeau, et, tout en le fabriquant, il en aura entendu l’histoire, c’est-à-dire les principaux faits de l’histoire d’Amérique.

A chaque instant la porte claque ; les mères de famille viennent demander des recettes de ménage, des renseignemens, des conseils de toute sorte On fait de la musique certains soirs. Ce sont des réceptions très simples sans doute, mais que l’on rend aussi agréables que possible. Les fleurs, les recherches décoratives abondent, et rien de tout cela ne rend les invités envieux, puisqu’ils en jouissent. Dans les settlements d’hommes, le capitaliste, le savant et l’ouvrier se rencontrent d’aventure sur un terrain neutre, d’égal à égal, et les résultats de ce rapprochement peuvent être considérables pour l’avenir.

Il ne faut pas croire que les jeunes filles américaines s’en tiennent à la philanthropie scientifique et raisonnée. Elles pratiquent, tout comme les nôtres, la charité mondaine. J’ai fréquenté des ventes au profit des pauvres, aussi brillantes que celles qui ont lieu à Paris, l’une d’elles en particulier, dont tous les produits étaient japonais et vendus par les plus charmantes bostoniennes déguisées en Japonaises ; la décoration des boutiques et la disposition générale du marché étaient d’une scrupuleuse rigueur ethnographique et d’un effet très pittoresque. Ni les bonnes œuvres, ni le goût passionné de l’étude ne détournent des occasions de plaisirs ; il faut voir comme la société se précipite pour entendre