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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/129

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plus faible l’ignominie d’une vie basse, et lui donnant par son propre exemple la vision d’une vie meilleure. M. Woods voudrait deux établissemens de ce genre dans chaque quartier populeux, un d’hommes et un de femmes. Il en existe plusieurs à Boston. Le premier que j’ai visité était tout petit par la dimension de la maison, mais aussi grand qu’aucun autre, si l’on considère le zèle qu’apportaient dans leur tâche les résidentes, car, bien entendu, des visiteuses ne suffiraient pas ; la maison doit être habitée par des personnes qui lui donnent tout leur temps, prêtes à communiquer du matin au soir avec les voisins de conditions diverses. Certains résidens, certaines résidentes qui ont des ressources personnelles, se passent de salaire, d’autres sont soutenus par les membres des Universités et par les gens charitables de la ville. J’arrive, à l’heure qu’on appelle entre chien et loup, dans le settlement qui sera toujours pour moi celui de la petite aveugle. Cette fillette de six ou sept ans était blottie sur les genoux d’une jeune femme qui lui racontait des histoires, tout en se berçant avec elle dans son rocking chair. A notre approche elle se leva d’un bond, avec la liberté d’un enfant heureux, courut vers nous, ses pauvres mains étendues comme les antennes d’un insecte pour tâter les obstacles. En une minute, elle nous eut comptées, elle eut placé ses sympathies, nous demandant de nous déganter pour sentir nos mains, et babillant sur une foule de choses qu’elle semblait avoir vues. « C’est la joie de la maison, nous dit une des résidentes. Ses parens nous la donnent, ayant beaucoup de garçons qui faisaient de leur sœur une petite martyre. »

D’autres enfans vont et viennent, du dehors où il neige dans le petit salon bien chaud. Quelques-uns apportent un sou d’épargne pour la caisse où fructifient leurs économies. Ce sera peut-être là le commencement d’une vertu dont on n’a eu longtemps aucune idée en Amérique, ce pays par excellence du gaspillage insouciant. Les visiteuses aussi se succèdent, jeunes femmes de condition moyenne, qui, pâles, fatiguées, cherchent encore à rendre service, après une journée laborieuse : celle-ci donne des leçons, celle-là est employée dans une administration, mais, étant du quartier, elle veut en passant, avant de rentrer chez elle, prendre des nouvelles de la grande famille. Une graduée d’université prouvera de même que quatre années d’études supérieures ne l’ont pas séparée du commun des mortelles.

Le second settlement où j’ai été reçue renfermait plusieurs jolies chambres, dont chacune avait été meublée aux frais d’un