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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/118

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traduction autant que pourraient l’être les Émaux et Camées. Et il n’excelle pas seulement à graver sur pierre dure, avec une curieuse habileté technique, quelque petit poème, achevé dans toutes ses parties, comme son Intaille d’une tête de Minerve, que lui envieraient les artistes les plus expérimentas du vieux monde ; personne encore n’a autant que lui le sentiment de la nature, de cette nature américaine qui ne ressemble à aucune autre. Le docteur Holmes a bien raison de le dire : « On chercherait vainement ailleurs un coucher de soleil bostonien. » Les ciels d’Amérique n’ont rien de commun avec ce qu’on voit en Europe ; les oiseaux, les rochers, le sol, les arbres, l’herbe, tout est différent. Eh bien ! quoiqu’il ait tant voyagé, c’est encore au printemps de la Nouvelle-Angleterre, aux rivières parées de noms indiens, aux neiges, aux pluies, aux crépuscules de Boston, que Thomas Bailey Aldrich doit ses inspirations les plus franches et les meilleures. Peut-être a-t-il le souffle un peu court ; ne nous en plaignons pas ; la brièveté de ses pièces est un gage de perfection. Ne regrettons pas non plus que l’élégance et la facilité de la vie aient borné pour Aldrich la possibilité de l’effort ; si la féconde pauvreté lui eût tenu compagnie, il n’eut peut être pas écrit cette ravissante pièce, humoristiquement douloureuse : la Fuite de la Déesse.

Cambridge envoie dans le salon de Mrs Fields, avec de jeunes et brillans professeurs, une des notabilités de la cité académique, dont le nom a traversé les mers, celui qui fut d’abord le Révérend, puis le colonel Wentworth Higginson. Mme de Gasparin traduisit jadis sa Vie militaire dans un régiment noir ; et son Histoire des Etats-Unis racontée à la jeunesse est ici populaire. Peut-être comprendrait-on moins bien dans la vieille Europe routinière quelques-unes des idées qu’il a exprimées sous ce titre : Le Sens commun sur les femmes ; et le colonel Higginson n’en serait pas surpris, pénétré comme il l’est de la situation lamentable faite aux femmes dans les pays où sévit la loi salique, où le sexe masculin est encore qualifié de sexe noble. Son avis, lorsqu’il s’agit de progrès dans la condition des femmes, est celui-ci : — Ecartons d’abord toutes les restrictions artificielles ; ensuite il sera aisé, tant pour l’homme que pour la femme, d’acquiescer aux limites naturelles qui s’imposent. — La vertu lui paraît également prescrite à tous les deux ; et ici je tiens à souligner la naïve conviction qui me fut exprimée par nombre d’Américaines, spécialement à Boston, que la conduite de la plupart des hommes avant leur mariage était, dans les classes éclairées, irréprochable, autant que celle des jeunes filles. Mon