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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/110

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l’utilité de la prière en famille, les bons côtés de certaines observances dont la nécessité lui avait longtemps paru douteuse et auxquelles maintenant elle rend pleine justice. Jamais l’absolue loyauté ne s’exprima d’une façon plus touchante. Mrs Howe s’attache à prouver que ceux-là mêmes d’entre nous qui croient être déshérités des biens de ce monde ont à remercier Dieu de mille choses, ne fût-ce que de son soleil, du don gratuit de quelques affections, et d’abord de celui de l’intelligence.

Après Mrs Howe, la femme du révérend C. G. Ames, pasteur de l’église où nous nous trouvions, prit la parole avec une facilité, une force singulières. Elle revint dans le détail sur ce sujet de la reconnaissance que l’on doit non seulement à Dieu, mais au prochain. Pensons-nous assez à ce que nous serions si ceux que nous appelons les petits, les humbles, les ignorans ne nous aidaient pas à soulever le fardeau de la tâche matérielle qui quotidiennement nous incombe ? Et l’oratrice énuméra nos obligations à l’égard des domestiques, des fournisseurs, rouages vivans de l’existence envers lesquels, bien à tort, nous nous croyons quittes avec un salaire. — Je connaissais déjà Mrs Ames par d’excellentes statistiques qui permettent de mesurer, en se reportant aux sources authentiques, les résultats dans tous les genres de l’activité des femmes du Massachusetts. Elle est présidente d’un comité exclusivement occupé de ces questions.

De jeunes mères se levèrent ensuite et s’entre-répondirent au sujet de l’éducation religieuse de leurs enfans, des habitudes de dévotion en famille, des livres de morale familière rangés sous la rubrique de little helps, petits secours : ce fut un échange d’expériences profitables. Il me semble que dans les assemblées des premiers chrétiens les choses devaient se passer ainsi, d’autant plus qu’après les discours et les hymnes il y eut les agapes : des agapes à l’américaine. Le thé fut servi dans un des bas-côtés de la crypte, et Mrs Ames me demanda en riant si je n’étais pas scandalisée de voir que cette église communiquait avec une cuisine. Je me hâtai de dire que j’avais vu mieux que cela dans l’Ouest, où très souvent l’église, qui est encore le meeting house, est choisie comme lieu de réunions sans aucun caractère religieux. J’ajoutai que là-bas une dame, témoin de ma surprise, m’avait répondu en digne puritaine : « Il ne peut y avoir de déplacé à l’église que la dissipation, et la dissipation est déplacée partout. »

La dernière fois que je rencontrai Mrs Ward Howe, ce fut peu de temps après le succès du projet de loi relatif au suffrage municipal des femmes devant la Chambre des représentais du Massachusetts. Il avait passé à 122 voix contre 106 ; elle y