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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/918

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Théâtre de l’Opéra-Comique : L’Attaque du Moulin, drame lyrique en quatre actes, d’après M. Emile Zola ; paroles de M. Louis Gallet ; musique de M. Alfred Bruneau.


Où sont non pas les neiges, mais les feux au contraire, et les ardeurs d’antan, d’il y a deux ans à peine ? Que sont devenus les dithyrambes, et les festins offerts, la table mise et les coupes vidées en l’honneur du « maître » du Rêve, du Messie qui renouvelait la musique française en particulier et la musique de théâtre en général ? L’enthousiasme s’était donc trop hâté ! La gloire avait été trop vite ! On publie aujourd’hui la grande trahison de M. Bruneau et son apostasie. Il a tiré sur ses troupes, voire sur ses chefs, et sur les hérauts de sa jeune renommée. — Qui dit cela ? Les mêmes qui disaient il y a deux ans le contraire, et ce disant nous croyons qu’ils se trompent encore, autant qu’ils se sont déjà trompés. La vérité, fort simple, et distante également de ces deux erreurs, c’est qu’il y a dans l’Attaque du Moulin plus de musique, et de meilleure musique que dans le Rêve ; un progrès par conséquent, au lieu d’une déchéance. Nous l’allons montrer tout à l’heure ; essayer du moins de le montrer, après avoir rappelé quel sujet cette fois a choisi le musicien. Il l’a pris aussi dissemblable que possible du premier, aussi arrêté et, concret que l’autre était mystique et flottant, et le seul contraste des deux livrets a pu faire croire à l’existence, entre les deux partitions, d’un contraste plus imaginaire que réel, et dont les fanatiques du Rêve se sont bruyamment scandalisés.

C’est jour sinon de noce, du moins de fiançailles au moulin du père Merlier. Le meunier marie sa fille Françoise à Dominique, un gars venu du pays flamand. En plein repas des accordantes, on apprend que la guerre est déclarée. Quelle guerre et à quels ennemis ? La nouvelle de M. Zola le disait, on se rappelle avec quelle ferveur de récente haine ; le drame de M. Gallet ne pouvait naturellement le dire, encore moins le faire voir ; il dépayse l’action et la laisse dans le vague du temps comme du lieu.