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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/916

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présidence, avait parcouru à cheval l’avenue de Pennsylvanie jusqu’au Capitole, n’ayant pu se procurer une voiture. C’étaient toujours les mêmes voies infinies et larges, bordées de rares maisons au centre et se prolongeant sans constructions dans la campagne déserte. Quelques milliers d’habitans étaient disséminés dans ce vaste espace qui en comprendrait sans peine un million. On n’avait encore rien fait pour supprimer les marécages et le ruisseau fangeux, dont les émanations empestaient l’air en été. Les espaces réservés attendaient toujours les parcs et les jardins projetés, comme les lots en vente attendaient les acquéreurs. La Maison-Blanche fut restaurée peu de temps après l’inauguration de Monroe, mais on ne toucha aux ruines du Capitole incendié qu’en 1818. Le bâtiment, lors de l’entrée des Anglais, se composait de deux ailes reliées par un passage en bois. L’aile du nord seule existait en 1800, celle du sud avait été construite en 1811. On travaillait encore à cette partie de l’édifice lorsque le feu accomplit son œuvre. Le nouveau Capitole, commencé en 1818 sur les débris de l’ancien, est le monument actuel, l’orgueil de tout bon Américain. Il ne fut achevé qu’en 1863 et ne coûta pas moins de 65 millions de francs.

En 18119 encore, un voyageur anglais, George Comb, écrit, que « la ville ressemble à un grand village épars dans un marais. »

Sous la présidence de Fillmore, un beau zèle s’empara du Congrès. Il s’agissait de nettoyer et de transformer en jardins les espaces réservés sous les noms de squares, parks ou reservations. Un crédit fut volé, le président prit la chose à cœur et choisit un artiste spécial en plantations pour diriger les travaux. On commença par les terrains de l’Institut Smithsonien. Malheureusement, dès l’année suivante, l’élection présidentielle et d’autres soucis firent oublier les embellissemens de la capitale. Les choses restèrent en l’état jusqu’à la guerre civile.

De 1861 à 1865, Washington fut un camp retranché. Durant quelques années encore les préoccupations restèrent concentrées sur des questions d’intérêt général, liquidation des dettes de la guerre, reconstitution des Etats du Sud, émancipation politique de la race noire. Le Congrès ne pouvait guère s’intéresser à des affaires de voirie. Les rues et les avenues restèrent livrées aux injures alternées de la boue et de la poussière, tandis qu’on laissait abominablement négligés les abords du Capitole et de tous les autres édifices publics.