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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/902

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cercle d’amies, la docte Abigaïl Adams, femme du-vice-président ; Mrs Jay dont le mari, John Jay, avait dirigé les affaires étrangères de la Confédération ; Mrs Knox, femme du secrétaire de la Guerre ; la jeunesse était représentée dans ce groupe par une des filles de Jefferson, beauté de grande réputation. Aux réceptions figurait le corps diplomatique, représenté alors par les trois ministres de France, d’Espagne et de Hollande.

Dès 1791, le Congrès s’était établi à Philadelphie. Les principaux membres de la « société » dans la ville des quakers, outre le groupe officiel transporté de New-York, furent Robert Morris, le financier, qui, jusqu’à sa faillite, mena un train luxueux pour l’époque ; Thomas Willing, l’associé de Morris et le président de la Banque des Etats-Unis, père de la célèbre Mrs Bingham, la reine de la mode à Philadelphie de 1793 à 1801, courtisée par Jefferson et par le grave Washington lui-même ; les Boudinot, société sévère, centre du haut monde quaker ; Wolcot, qui réunissait chez lui les délégués de la Nouvelle-Angleterre au Congrès.

Lorsque Washington eut quitté la présidence, ces élémens sociaux disparurent ou se dispersèrent. Les Adams vécurent très isolés. A Washington, au point de vue social, tout était à créer.

Les dernières années du XVIIIe siècle voyaient se produire une révolution dans les goûts et les manières. Les grands événemens d’Europe firent affluer des visiteurs étrangers en Amérique, surtout des Français. On y vit des ex-sans-culottes se rencontrer avec des gentilshommes à perruque poudrée. En quelques années, l’Amérique fut visitée par Talleyrand, de Noailles, La Rochefoucault-Liancourt, Chateaubriand, Kosciuszko, Volney. L’Angleterre envoya Cooper et le Dr Priestley. Les écrits du temps signalent une invasion des modes et des habitudes de France. A New-York, les « belles » ne veulent plus que les chapeaux de Mme Bouchard. Des coiffeurs français coupent les cheveux à la Titus et à la Brutus. On laisse aux vieux « beaux » la poudre et la perruque, les habits de soie et la tabatière. Les jeunes adoptent le costume noir en même temps que le cigare et le billard. Les réfugiés français enseignent la valse aux misses américaines. Les tables d’hôte françaises se multiplient à Philadelphie ; il s’en établit quelques-unes à Washington, Jefferson, qui mangeait peu et ne buvait point de spiritueux, aimait la cuisine du pays où il avait vécu de 1784 à 1790, et avait un cuisinier français ; ses ennemis politiques lui en faisaient sérieusement le reproche comme d’un manque de patriotisme.