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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/852

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attiraient des visiteurs et qui étaient à la fois édifians, profitables et amusans. A partir du XIVe siècle, les représentations étaient généralement confiées aux corps de métiers, chacun se chargeant, quand faire se pouvait, de scènes conformes à sa spécialité : les charpentiers représentaient Noé et son arche ; les orfèvres, les rois mages couronnés d’or ; les marchands de vin, les noces de Cana, où s’accomplissait un miracle qui, dans ce temps, leur était familier ; d’autres fois les drames étaient joués par des guilds fondées exprès pour cela : Guild de la Fête-Dieu, du Pater noster, etc. Nous avons ainsi, dans un état plus ou moins complet, la collection des mystères joués à Chesler, Coventry, Woodkirk, York, et des fragmens d’autres collections. Ces textes sont généralement du XIVe siècle ; mais ils nous sont parvenus avec des remaniemens postérieurs. On n’avait pas plus de respect pour les vieux mystères que pour les vieilles églises ; on ajoutait des peintures, des porches, des enjolivemens à la mode du jour.

Ces fêtes dramatiques qui enchantaient toute une ville, auxquelles accouraient d’un zèle égal paysans, ouvriers, bourgeois, seigneurs, rois et reines, que la Réforme ne put tuer qu’après un demi-siècle d’efforts, coupaient avec un éclat incomparable le cours monotone des mois et des jours. La circonstance était solennelle ; on s’y préparait longtemps d’avance ; c’était affaire d’importance, affaire d’Etat. Les corporations se taxaient pour subvenir aux représentations dont elles étaient chargées ; des amendes étaient prescrites pour les cas où elles accompliraient insuffisamment leurs fonctions, ou bien arriveraient en retard pour commencer la pièce.

Si l’on se borne à lire le texte de certains mystères, on sera tenté de les déclarer enfantins, barbares, grossiers. Ils sont cependant très dignes d’attention comme, montrant un côté de l’âme des ancêtres, qui faisaient en tout cela de leur mieux : car les représentations n’étaient pas désœuvrés de hasard ; c’était le produit d’une application soutenue. N’était pas acteur que voulait ; il fallait s’exercer et, dans certaines villes, passer des examens. A York, un arrêté du conseil de la cité prescrit que dès le carême, c’est-à-dire bien longtemps d’avance, puisqu’on jouait à la Fête-Dieu, « quatre acteurs, des plus habiles et des mieux renommés qui soient dans la ville, seront appelés devant le maire. Ils seront chargés de rechercher, entendre ou examiner tous acteurs, pièces et échafauds dont peuvent disposer les différens corps de métier prenant part aux représentations de la Fête-Dieu. Ils admettront et autoriseront les acteurs qui leur paraîtront pouvoir, grâce à leur expérience et à leurs qualités physiques, faire honneur à la cité et