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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/837

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1810 en a remis le droit et le pouvoir entre les mains de ce corps des mines qui a de si glorieux litres à la reconnaissance des ouvriers. L’ingénieur de la circonscription d’Arras, M. Weiss, donna des ordres de réquisition qui n’eurent pas l’heur de plaire aux délégués du syndicat. Un maire refusa même de les exécuter. Il faut plaindre les maires dans ces circonstances difficiles. Pour remplir leurs devoirs, ils se trouvent souvent en opposition avec leurs électeurs. Les réquisitions n’en furent pas moins exécutées ; mais il fallut conduire à la mine les ouvriers réquisitionnés entre deux haies de gendarmes, au milieu des huées poussées par les grévistes qui les appelaient ironiquement « les rétamés ». M. Basly, interrogé par un mineur sur ce droit de réquisition, dut reconnaître que ce droit était inscrit dans la loi de 1810, mais ajouta que « rien ne prouvait que les galeries d’Ostricourt, non plus que celles des autres mines fussent en danger, et que quant à lui, s’il était réquisitionné, il refuserait d’obéir ». M. Basly, n’étant plus mineur depuis longtemps, se trouvait à l’abri de toute réquisition ; mais ce n’aurait pas été la première fois qu’on eût vu un législateur refuser d’obéir à la loi.

Ces paroles sont mauvaises, ces exemples sont dangereux. Une population peu éclairée, à laquelle on parle souvent de ses droits et jamais de ses devoirs, incline aisément à se croire tout permis quand elle voit ses chefs afficher le mépris des lois. Elle traduit volontiers le mot de résistance par celui de violence, et traite en ennemis ceux qui ne s’associent point à leurs actes. Dans les réunions publiques jusque devant le prétoire, des hommes instruits, éloquens parfois, leur font entendre que le droit de faire grève s’étend au droit d’interdire à autrui de travailler. De là les patrouilles, les vociférations, les insultes aux soldats chargés de les contenir, les cris contre l’autorité, contre le gouvernement, les injures prodiguées à la justice ; de là les attaques contre les ouvriers libres, de là les explosions de dynamite. Ces excès redoublent au moment où les ouvriers courageux commencent à reprendre le chemin du travail. Le 5 octobre on constatait dans les mines une rentrée de 1187 ouvriers et aux concessions de Ferfay, de Vendin, le personnel était au complet. Le syndicat s’inquiète, il multiplie ses conférences, il s’assemble périodiquement à Lens, et chaque fois proclame la continuation de la grève. Des personnages étrangers à la contrée, des députés du centre, de la Seine, du Midi, adressent des plaintes aux ministres, il en est qui vont jusqu’à envoyer au ministre de la guerre une façon d’ultimatum pour qu’il retire ses troupes et laisse le champ libre aux énergumènes et aux brutales agressions des grévistes. Malgré ces efforts et des réunions quotidiennes, le nombre dos mineurs augmente à chaque descente.