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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/824

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n’appartiennent pas au syndicat du fond, mais il espère qu’ils suivront leurs camarades. M. Carpentier, de Courrières, votera la grève. M. Lemal (Béthune) en fera autant. Carvin n’a pas à se plaindre, mais son délégué, M. Cordier, s’associera à la majorité. M. Delvigne, de Marles, se répand en plaintes amères, mais il ne prendra pas l’initiative de la proposition. Quant à M. Paris, de Dourges, il paraît que ses commettans sont satisfaits de leur sort et ne réclament rien d’autre que de continuer à travailler ; il fait appel à la conciliation. On murmure au fond de la salle. Liévin n’est pas content ; son délégué, M. Taffin, a reçu mission de voter la grève et il la votera. A Meurchin. dit M. Willof, les moyennes de salaire ne dépassent pas 6 fr. 40 ; Meurchin ne peut se résigner à une si misérable situation ; il faut la grève. Trois délégués ont parlé pour Béthune ; deux pour Bruay, sept autres se sont fait entendre pour sept autres mines. Lu somme, neuf mines seulement sur quinze sont intervenues au débat. Le bureau et les hommes du fond de la salle craignent-ils l’intervention des autres mines ? On réclame la clôture, elle est votée.

C’est ici que se manifeste dans toute sa plénitude la pensée personnelle du président. Cinq orateurs sur douze, se sont prononcés nettement pour la grève. Les sept autres se sont montrés hésitans sinon même hostiles à la mesure ; deux d’entre eux ont fait appel à la conciliation. Les délégués de Fléchinelle, d’Hardingbem, de Drocourt, de Nœux, de Vendin-lez-Béthune, de Ferfay n’ont pas donné leur avis. Le président, M. Basly, substituant son désir à l’opinion encore incertaine de l’assemblée, déclare : « Il résulte des discours que nous venons d’entendre que vous êtes décidés à faire grève. » Mais aussitôt, pour échapper à la responsabilité d’une résolution trop vivement et trop clairement indiquée, il ajoute : « Avant de passer au vote, permettez-moi de résumer la situation. » Ce prétendu « résumé de la situation » est un acte d’accusation violent contre les compagnies. « C’est la concurrence acharnée entre Lens et Courrières qui a déterminé la baisse des charbons. Les salaires s’en sont ressentis ; ils sont partout diminués. Si on allègue que la somme payée n’a pas diminué en France, il a été fait cependant pour le même total de salaires une somme plus considérable de travail qui a engendré une forte « surproduction ». L’an dernier d’après les statistiques officielles, cette « surproduction » a été de 1203492 tonnes. Pour le premier semestre de cette année elle est déjà de 53000 tonnes ; ce qui fait que, pour un salaire identique à celui des années précédentes, on a exigé des mineurs une somme de travail beaucoup plus considérable et dont l’excédent se trouve ainsi n’avoir pas été payé. » L’argument est spécieux ; d’autres que des ouvriers mineurs s’y sont