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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/819

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constante ; les pays voisins, l’Angleterre, la Belgique, ont diminué leurs salaires, l’Allemagne les maintient à un taux inférieur à tous les autres. Suspendre le travail en ces circonstances, n’est-ce pas courir à un échec, n’est-ce pas appeler en France les charbons étrangers ? D’un autre côté, les mineurs anglais décident de se mettre en grève, les Belges promettent d’en faire autant. Si l’Angleterre et la Belgique se soulèvent, l’occasion, pour les mineurs français, est unique : il faut la saisir.

Il semble qu’à ce moment MM. Lamendin, Basly et les autres chefs des syndicats durent éprouver d’assez vives appréhensions et craindre de s’engager trop légèrement dans l’action. Au Congrès international des mineurs, tenu en mai à Bruxelles, la question d’une grève générale des mineurs avait été agitée, mais si elle avait été résolue : par l’affirmative, elle demeurait soumise à certaines conditions qui pouvaient ne pas se réaliser, en juillet, à Paris, la même question fut posée à la Bourse du travail, mais plus large et devant s’étendre à toutes les industries. Elle parut prématurée et fut ajournée. D’autre part, les premiers instigateurs des « revendications » durent se demander si une grève partielle tentée dans ces circonstances, si étendue qu’elle fût, même si l’on parvenait à y englober Anzin, aurait chance de réussir ; si, comme on le prétendait, les grandes industries, la navigation, les chemins de fer possédaient des approvisionnemens suffisans pour cinq ou six mois ; si, de leur côté, les sociétés minières dont les « carreaux » étaient depuis un an encombrés de produits ne pourraient pas les écouler assez avantageusement pour que le chômage même prolongé ne leur fît subir aucune perte. Les grèves de Belgique et d’Angleterre ne prenaient pas le caractère général qu’on leur avait un peu gratuitement prêté. Obligé pourtant de se soumettre au mouvement d’opinion qu’il avait créé, le syndicat du Pas-de-Calais fit mine de s’aboucher avec les compagnies. Le syndicat des patrons après le compromis d’Arras s’était dissous ; il fallait négocier avec chacune des administrations particulières. Les délégués portèrent, là où l’on voulut bien les écouler, des doléances qui touchaient particulièrement à deux points : la prétendue inexécution des conventions de 1891, quant aux salaires, et la remise chaque quinzaine au syndicat d’un double du carnet de paye des équipes ou chantiers. Les compagnies refusèrent unanimement de satisfaire à ces deux réclamations. La tentative amiable avait échoué ; si la grève éclatait, ce serait la faute des compagnies. On leur avait demandé la lune, elles avaient refusé de donner la lune : le syndicat était, couvert. Il n’avait pourtant pas attendu leur réponse pour préparer le champ de bataille et fourbir les armes. A la fin