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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/808

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exceptionnellement le caractère grossier dont le romancier les a enrichies. Dans les corons, qui sont de grands villages symétriquement bâtis par les compagnies, les maisons sont en quelque sorte de verre ; rien n’échappe aux voisins, et l’on y chercherait vainement cette promiscuité trop coutumière en plusieurs autres professions industrielles. Nous tenons à le dire très nettement, l’ouvrier mineur est généralement un brave homme, très courageux, très bon père de famille. Son intérieur, où l’on rencontre assez souvent une dizaine d’enfans, est propre, bien tenu par la femme qui peut se permettre un peu de coquetterie en raison des gros salaires que touche son « homme ». Le foyer est alimenté par la mine, un poêle de fonte et de tôle fait entendre le murmure de la marmite, le pavé rouge est souvent lavé, le buffet de merisier luit sous le rayon du soleil ou sous la clarté de la lampe à pétrole suspendue au plafond. Quand il rentre du travail, le premier soin du mari est de se plonger successivement toutes les parties du corps dans l’eau pour revêtir ensuite des vêtemens proprement entretenus, avant de se mettre à table. Il y trouve de la viande presque tous les jours, ce qui n’arrive guère au paysan qu’une fois par semaine. Sa boisson est la bière ; il ne montre aucun penchant pour le vin, mais il ne saurait se passer de café, qui serait, quoique fortement mélangé de chicorée, une boisson hygiénique, s’il n’avait coutume d’y verser à plein verre une eau-de-vie suspecte qui en détruit le caractère.

Dans les premiers temps de la mise en exploitation des mines du Pas-de-Calais, alors que Courrières, Hénin-Liétard, Carvin, Nœux, Lens et Marles ouvraient leurs premières fosses, la population minière n’existait pas dans la contrée. Il fallut la faire venir du dehors. Nœux, qui appartenait à Vicoigne, que soutenait Anzin, trouva ses premiers ouvriers dans les environs de Somain et de Valenciennes ; il s’y ajouta quelques Belges tentés par un salaire supérieur à ceux des mines de Mons et de Charleroy ; mais ce fut M. Rainbeaux, propriétaire de mines en Belgique, qui peupla de mineurs belges les villages de Marles, d’Auchel et de Calonne. Ce fut le point de départ d’une population minière devenue française et à laquelle vint peu à peu s’adjoindre l’ouvrier agricole, abandonnant la culture, avare de bénéfices, pour le travail pénible, mais plus rémunérateur, de la mine. Au commencement un peu flottante, cette population s’est successivement accrue et fixée. On peut dire qu’aujourd’hui les mineurs sont presque tous Français et nés dans le pays. Il vient encore des Belges, mais eu intime minorité, et ils ne rencontrent qu’une médiocre estime dans les compagnies comme chez leurs camarades.

C’est cette population, désormais indigène et qu’on estime en