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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/772

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II. — L’EUROPE NOUVELLE


I

La fortune avait accordé aux princes un répit de trois siècles pour refondre le corps des peuples. Notre époque apprit à ces peuples qu’ils avaient une âme. C’est assez pour immortaliser un temps dont les esprits médiocres, noyés d’égoïsme, n’aperçoivent pas la grandeur.

Dès la fin du XVIIIe siècle, la Révolution française déchire la trame subtile de l’ancienne politique et laisse apercevoir, derrière le rideau des cours, la figure des nations. Elles sortent successivement, mais inégalement de l’ombre. A ces peuples qui s’éveillent, on peut appliquer les vers du poète :

Avec le sol natal ils émergent ou plongent :
Quand les uns du sommeil sortent illuminés,
Les autres dans la nuit s’enfoncent et s’allongent.

C’est d’abord la France et l’Angleterre, ces deux vieilles rivales, qui se mesurent en pleine tourmente révolutionnaire et substituent la querelle des peuples à celle des rois. Dans ce duel mémorable, il semble que leurs traits saillans s’éclairent. Le